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Psyché (Joanna Freszel) et Eros (Tadeusz Szlenkier).

Eros et Psyché,
le 19/10/2017 - Varsovie, Teatr Wielki
Didier Van Moere



 

Comme Szymanowski, Ludomir Różycki fut un des membres de la Jeune Pologne en musique, partageant avec lui, à l’aube du siècle nouveau, une fervente admiration pour Strauss. Leurs chemins divergèrent ensuite : il n’avait pas le génie de son collègue et ne fit pas entrer la musique polonaise dans la modernité. Même inégale, son œuvre ne mérite pourtant pas l’oubli, loin de là, notamment ses opéras : on se félicite que Varsovie vienne de ressusciter son Eros et Psyché cent ans après sa création en allemand le 10 mars 1917 à Wroclaw – alors appelé Breslau, la Silésie étant occupée par l'Allemagne. La première en polonais eut lieu un an après, à l'Opéra de Varsovie – alors en zone russe.


Le livret est directement tiré du « roman théâtral » de Jerzy Żuławski, une des figures de la Jeune Pologne littéraire, qui revisite le mythe de Psyché à travers une écriture très caractéristique – tant par le style que par les références mythiques... qu’on retrouvera parfois dans Le Roi Roger de Szymanowski. Tout commence à l’époque antique, lorsque Blaks, valet de la princesse Psyché, éclaire le visage du dieu, brisant l’interdit : elle devra traverser les époques jusqu’à ce qu’elle (re)trouve l’amour – la condamnation à l’errance frappe aussi le coupable, qui sera son mauvais génie et, comme Eros, connaîtra diverses réincarnations. On la suivra ainsi dans la Rome antique, misérable chanteuse de rues, puis au Moyen-Age, religieuse cloîtrée ; elle deviendra ensuite icône de la liberté guidant le peuple pendant la Révolution française, avant de finir femme entretenue par un banquier à l’époque contemporaine. La quête initiatique de l’absolu parviendra alors à son terme, quand, en mettant le feu à la maison du banquier, elle comprendra que l’amour se confond avec la mort.

Żuławski aurait-il conçu le livret autrement si Puccini, d’abord très intéressé, n’avait pas renoncé, trouvant là « matière à cinq opéras » ? Aurait-il supprimé le tableau de la Renaissance, à ses yeux le pivot de l’œuvre – que Różycki voyait dans celui de la Révolution ? Le compositeur obligea en effet le dramaturge à ne conserver que cinq tableaux sur sept. Puccini n’a pas pour autant disparu : certaines pages lui doivent beaucoup, alors que d’autres se rapprochent de l’impressionnisme français, au premier acte par exemple, et que passe ailleurs l’ombre du lyrisme straussien. La partition conserve néanmoins une belle unité, témoignant aussi d’une grande maîtrise de l’orchestre : Różycki évite l’écueil de l’éclectisme. On pourra certes le trouver plus descriptif que narratif, mais cela tient à la nature du livret et de la pièce de Żuławski.


Barbara Wysocka n’échappe pas aux pièges d’une modernité qui a fait son temps : mise en abyme associant la représentation au tournage d’un film, vidéos insistantes avec références assez kitsch au cinéma américain des années 1950 – Eros et Psyché, par exemple, partent à la fin en voiture décapotable... La direction d’acteurs est d’une probité conventionnelle et littérale, parfois laborieuse, surtout dans le tableau romain. Heureusement, Grzegorz Nowak, plus heureux ici que pour Goplana de Żeleński, ne manque pas de souffle et a le sens du théâtre, non moins attentif aux couleurs de l’orchestre. On regrette, en revanche, que Joanna Freszel crie des aigus à la justesse parfois relative, même si le rôle est éprouvant, moins cependant que celui d’Eros, typique du répertoire post-wagnérien : à défaut de souplesse, Tadeusz Schlenker assure sans fatigue, non sans une certaine vaillance. Mais les clés de fa l’emportent : Mikołaj Zalasiński s’impose par le timbre et le chant à travers les métamorphoses de Blaks, comme Wojtek Gierlach, peut-être le meilleur de tous, à travers celles d’Hermès.


Si la production n’est donc pas inoubliable, il fallait exhumer une partition peu donnée après 1945, qu’on pourra découvrir grâce à un concert de la Radio polonaise (live de 1978, Polskie Nagrania). Cela dit, son heure est peut-être venue, du moins en Pologne : il y a deux ans, l’Opéra de Gdańsk la mettait à l’affiche.

Didier Van Moere




Photos K. Bielinski / Teatr Wielki - Opera Narodowa.


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