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Marco Vinco (Mustafà) et Vivica Genaux (Isabella).

L'Italienne à Alger,
le 20/09/2010 - Palais Garnier, Paris
Chantal Cazaux


Décidément, la rentrée de l’Opéra de Paris se fait par la petite porte de reprises poussives et sans génie. Après un Vaisseau fantôme en perdition, L’Italienne à Alger d’Andrei Serban, apparue en 1998, avoue un manque de rythme et d’invention fatal.


On s’y ennuie fermement : on compte les accessoires, éléments de décor et figurants qui viennent faire de petits tours gratuits sur le plateau, on assiste à un remplissage vain qui est la caricature même de la musique de Rossini – vrai défi par son équilibre subtil entre structure et liberté, que Serban ne sait ni faire s’envoler ni ciseler au cordeau, et qu’il réduit donc au cliché du buffa le plus creux et accumulatif. Ce qui semble pétulant en photo (la scénographie saturée de couleurs et de kitsch assumé de Marina Draghici) retombe à plat – une succession d’incongruités et d’agitation ne suffit pas à habiter un plateau. Du reste, la reprise donne aussi quelques signes de laisser-aller : chorégraphies mal harmonisées, défauts de lumière (les poursuites en retard)… A-t-on vraiment retravaillé tout cela ?


Surtout, s’est-on posé la question de la pertinence de cette mise en scène et de son humour balourd aujourd’hui ? Car nonobstant le gorille qui se balade au milieu du plateau, l’Italienne est ici en pleine Arabie saoudite. On voudrait nous faire rire du contraste entre la belle et futée Isabella et le harem voilé et soumis du bey – mais l’actualisation, qui nous mène chez un magnat du pétrole bardé de Rolex et d’épouses, reste un terrain glissant. Au moins, dans la mise en scène du Barbier de Séville par Coline Serreau, Rosina est-elle cette femme voilée qui s’émancipe, tout au long du spectacle ; ici, le geste méprisant par lequel Isabella convoque une esclave pour ramasser ses escarpins dit bien l’absence totale de perspective, plus que dommageable. Pire encore : faire des voyageurs capturés par le bey des plaisanciers kidnappés par des pirates modernes en plein golfe d’Aden, est-ce toujours aussi drôle quand on sait aujourd’hui la dimension tragique du sujet ? Le parallèle, s’il est évident, n’en est pas moins de mauvais goût lorsqu’il devient le pivot d’une mise en scène qui se voudrait comique.


Le seul à s’en tirer avec les honneurs, par son abattage sincère et convaincu, c’est Alessandro Corbelli en Taddeo : on entend là du beau chant et l’on voit un acteur buffa dans la grande tradition, généreux et sympathique, même si ce qu’on lui donne à faire n’ennoblit pas la fonction... Lawrence Brownlee dessine aussi fort bien la vocalisation de Lindoro, mais reste trop monocorde dans son expression. Le timbre serré quoique sonnant de Marco Vinco ne séduit pas, même si l’interprète s’en sert pour caractériser son Mustafa tout d’une pièce. Si les petits rôles (la Zulma de Cornelia Oncioiu et Haly de Riccardo Novaro) sont mieux que bien, la grande déception vient du rôle principal : Isabella. Loin de succomber à la médiatisation forcenée qui accompagne le moindre disque ou récital de Vivica Genaux et voudrait nous la présenter comme la grande belcantiste du moment, l’on reste réfractaire à un timbre appuyé et engorgé, seule condition au demeurant pour lui permettre de passer un medium assez faible – même sur un orchestre rossinien –, à des sons de poitrine écrasés et, toujours, à une technique qui fait ahaner la vocalisation et trémuler le vibrato à coup de bégaiement mandibulaire. Elle se gagne pourtant le public, qui devrait savoir qu’en chant comme en instrument, faire toutes les notes le plus vite possible ne suffit pas au grand interprète. Evidemment, dans la production de Serban, le cabotinage sexy qui tient lieu de fil conducteur au personnage d’Isabella se trouve parfaitement servi par la plastique remarquable de la chanteuse.


Ce plateau vocal bien mitigé ne parvient pas à consoler d’une production qui mime l’effervescence sans pétiller en rien – d’autant que la baguette de Maurizio Benini, routinière et alentie, comme l’orchestre et les chœurs de l’Opéra, non exempts d’approximations, ajoutent au sentiment de négligence générale. Vivement la vraie rentrée de l’Opéra de Paris.


A lire : L'Italienne à Alger, L'Avant-Scène Opéra n° 157





Au second plan : Alessandro Corbelli (Taddeo), sur le canapé, de gauche à droite : Marco Vinco (Mustafà), Jaël Azzaretti (Elvira), Lawrence Brownlee (Lindoro) et Vivica Genaux (Isabella).




Vivica Genaux (Isabella), Marco Vinco (Mustafà) et Alessandro Corbelli (Taddeo).

Photos : Opéra national de Paris/ Mirco Magliocca.


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