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Natalie Dessay (Cleopatra).

Giulio Cesare,
le 23/01/2011 - Paris, Palais Garnier
Chantal Cazaux


   Dix interprètes pour huit personnages : ce fut l’étrange représentation de Giulio Cesare, dimanche 23 janvier, au Palais Garnier. Annoncées souffrantes, Isabel Leonard (Sesto) et Natalie Dessay (Cleopatra) furent remplacées selon deux manières. La première, de bout en bout, mima son rôle sur le plateau pendant que Marina Comparato le chantait à l’avant-scène. La seconde assuma deux actes avant de déclarer forfait et d’être relayée par Jane Archibald, elle-même entre deux Zerbinetta à Munich avant de devenir l’autre Cleopatra de la production, prévue pour les quatre dernières représentations.

A circonstances particulières, observations inhabituelles. D’abord, Sesto : il est remarquable d’avoir rendu profondément émouvant pour le spectateur un personnage tiraillé entre son chant, à jardin, et son jeu, à cour. Grâce en soit rendue au beau mezzo de Marina Comparato, à son engagement sensible qui faisait écho à celui, scénique et vibrant, d’Isabel Leonard. Ces deux-là ont joliment « fait équipe » pour sauver leur situation doublement frustrante, et pour le bénéfice de Haendel.

Puis… Cleopatra, bien sûr, cette prise de rôle si attendue de Natalie Dessay. On entend bien les symptômes du mal-être vocal – les aigus récupérés, les raucités échappées, l’aphonie qui pointe, les longs passages marqués au lieu d’être pleinement chantés. Mais pendant deux actes, la faiblesse du medium semble autant constitutive de la voix que circonstancielle, et Dessay ne parvient pas à nous convaincre de l’adéquation de son instrument à la tessiture entière de Cleopatra. Surtout, elle interprète bien plus un nouvel avatar de sa légendaire Zerbinetta qu’une véritable reine d’Egypte : agitée, piquante, riant un peu nerveusement, elle ne donne au personnage ni sa stature, ni son aura sensuelle et ambitieuse à la fois – et ce, malgré le fameux sein dénudé (ou faussement tel) que son costume laisse voir. C’est au milieu du deuxième acte que l’artiste trouve soudain la dimension royale de sa Cléopâtre, et donne tout pour un « Se pietà » d’anthologie : ses dernières notes ce soir-là, et les plus merveilleuses d’émotion et de couleur.

Il faut dire que la mise en scène de Laurent Pelly joue elle aussi la carte de la légèreté extrême. En choisissant de placer son Giulio Cesare dans la réserve d’un musée égyptien des Antiques, avec vue sur Kephren et Mykerinos et magasiniers en chechia reprisant leurs tapis, il réduit les protagonistes à des fantômes, émergeant des rayonnages ou des vitrines pour vivre quelques instants leurs aventures avant de retourner à l’Histoire et à l’oubli. L’idée scénique de ce décor unique fait long feu et ne devient que le prétexte à un défilé d’accessoires et d’idées successives, tous sympathiques au demeurant, pleins de facéties et de double sens, mais sans dramaturgie de fond.

Certes, l’humour peut fonctionner pour Nireno (Dominique Visse fidèle à lui-même : présence cartoonesque et voix de trompette bouchée), mais il affadit considérablement le propos lorsqu’il s’agit de ridiculiser Achillas (dont Nathan Berg n’a hélas pas les aigus). Ici, la direction d’acteurs laisse beaucoup à désirer, comme avec la Cléopâtre de Dessay transformée en souveraine d’opérette, ou avec la Cornelia de Varduhi Abrahamyan (remarquable timbre, chaud et rond, superbe vocalité), dont on ne sait si la gestuelle inélégante (elle caresse les cheveux de son fils comme Blofeld son chat persan, ou chante sa douleur en se massant les genoux…) est un défaut propre ou une mauvaise indication de jeu.

Le décor unique, profond et très haut comme il sied à un entrepôt, laisse beaucoup partir la voix des chanteurs. Cela n’aide pas Lawrence Zazzo, musicien très bon styliste mais au timbre de soie, dont la projection n’emplit pas Garnier, ni le raffinement la complète silhouette du grand César. Le Ptolémée de Christophe Dumaux, s’il n’est pas puissant non plus, correspond mieux, par sa couleur un peu nasale, à son personnage retors et, en revanche, trop médiocre pour ses habits de pharaon. Très bon Curio d’Aimery Lefèvre… et, en grande triomphatrice de la soirée, une remarquable Jane Archibald.

Remplacer au pied levé Natalie Dessay, que tout le monde voulait entendre ; faire un aller-retour Munich-Paris entre deux Zerbinette pour retrouver Cléopâtre ; entrer au troisième acte avec, pour premier air, un sommet du belcanto spianato (« Piangerò », mains liées dans le dos pendant toute la première partie)… n’est pas exactement le genre de situation que l’on souhaiterait à sa pire ennemie. Jane Archibald relève le défi avec panache, car elle n’est pas qu’une Zerbinette pyrotechnique, justement : le moelleux du legato, l’émotion sobre servie par un medium plein, autant que le brillant aisé des aigus et de la virtuosité (« Da tempesta »), une présence rayonnante et charnelle, font tout le prix de sa Cleopatra.

Pour sa première production dans la fosse de l’Opéra – mais à la tête de son Concert d’Astrée –, Emmanuelle Haïm délivre un Haendel très attentif au plateau, paradoxalement très directif dans son geste mais coulé dans son résultat sonore. Vif aussi quand il le faut, fouettant la bataille et la guerre, et osant de beaux cors naturels très honorables. L’ensemble manque simplement de scintillement dans la couleur, souvent plutôt mate. Tout ceci nous amène à une production « que l’on aurait aimé adorer » mais qui, faute d’approfondissement dans la vision dramaturgique et d’excellence dans certaines voix – et au contraire du nez de Cléopâtre –, ne changera pas le cours de l’Histoire des représentations de Giulio Cesare.

Chantal Cazaux




à gauche : Aimery Lefèvre (Curio) et Lawrence Zazzo (Giulio Cesare)
à droite : Christophe Dumaux (Tolomeo) et Nathan Berg (Achilla)




Lawrence Zazzo et Natalie Dessay.

©  Agathe Poupeney/Opéra national de Paris.


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