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Mia Lennox (Mme de Croissy) et Marianne Fiset (Blanche de La Force).

Dialogues des carmélites,
le 28/01/2017 - Opéra de Montréal
Louis Bilodeau



 

 

Coïncidant à deux jours près avec le soixantième anniversaire de la création de l'œuvre à La Scala, la première de la nouvelle production de Dialogues des carmélites à l'Opéra de Montréal a révélé un spectacle dépouillé jusqu'à l'ascèse. Comme l'indiquent les notes du programme, le metteur en scène Serge Denoncourt transpose l'action au XXe siècle, « dans un temps et un lieu imprécis », ce qui signifie l'élimination de toute référence visuelle à la France de l'époque révolutionnaire. Outre l'indispensable mobilier du monastère, le décor se résume à de légers voiles blancs qui montent ou descendent lors des changements de tableaux et qui permettent quelques beaux effets d'ombres chinoises. Dans un spectacle où la couleur est quasi absente, les magnifiques éclairages latéraux de Martin Labrecque conviennent admirablement aux scènes réunissant toute la communauté religieuse. L'inconvénient rédhibitoire du dispositif scénique réside cependant dans ses piètres qualités acoustiques : dès que les chanteurs s'éloignent de l'avant-scène, les voix se perdent, en grande partie absorbées par les tulles et les rideaux noirs des coulisses (pendrillons). L'intelligibilité du texte, essentielle dans cette œuvre, s'en trouve du coup extrêmement réduite.

Loin des choix radicaux et pour le moins controversés d'un Dmitri Tcherniakov qui a encouru les foudres des ayants droit de Poulenc et de Bernanos, Denoncourt s'en tient à une lecture somme toute relativement sage. Le changement d'époque n'apporte aucune vision nouvelle ou interprétation personnelle. Présentes au fond du plateau dès les premières mesures, les carmélites sont presque toujours sur scène, souvent rangées sur les côtés, créant parfois une distraction gênante, notamment dans la cellule de l'infirmerie. En plus d'éprouver ici un attachement quasi incestueux à l'endroit de son frère, Blanche est très fragile sur le plan psychologique : après la chute du Petit Roi de Gloire, elle garde la poupée cassée comme s'il s'agissait de son enfant qu'elle berce maladivement jusque dans la bibliothèque saccagée de son père. La mort de Mme de Croissy manque de puissance dramatique et comporte quelques incongruités, comme celle consistant à la faire traverser sa chambre pour aller s'agenouiller. L'idée de reprendre l'Ave Maria en début de deuxième partie surprend, mais moins que la coupure malencontreuse de la courte scène entre le prêtre et Mère Marie de l'Incarnation, alors que cette dernière se désole de ne pouvoir retrouver les autres sœurs pour mourir en martyre. Faisant fi du texte, Denoncourt offre un ultime adieu entre Mère Marie et la communauté ; il montre aussi clairement Blanche et Mère Marie parmi la foule tout au long du Salve Regina. Ce dernier est chanté par les carmélites immobiles, qui disparaissent dans l'ombre l’une après l'autre au moment de leur mort.

La distribution, entièrement canadienne, se distingue par sa jeunesse. Après s'être souvent mesuré à des rôles excédant son format vocal, Antoine Bélanger trouve dans le Chevalier de La Force un emploi idéal qui met en valeur l'élégance de son phrasé, la clarté de son timbre et sa parfaite diction. Il est le seul à sentir parfaitement le rythme de la prose somptueuse de Bernanos et à donner à chaque mot son juste poids. Pourvue d'une ample voix de soprano lyrique, Marianne Fiset est une Blanche de grande classe, qui semble toutefois un peu étrangère à la dimension spirituelle de l'ouvrage. Bien que possédant chacune un instrument capable d'affronter sans trop de crainte les exigences de leurs rôles respectifs, Mia Lennox (Madame de Croissy) et Aidan Ferguson (Mère Marie) ne maîtrisent pas suffisamment la prosodie française pour rendre parfaitement justice à la partition de Poulenc. La prosaïque Mme Lidoine à la voix trémulante de Marie-Josée Lord et le Marquis de La Force bien fatigué de Gino Quilico retiennent moins l'attention que les personnages secondaires, au premier rang desquels il convient de mentionner la pétillante Constance de Magali Simard-Galdès, l'aumônier racé de Keven Geddes et l'excellent geôlier de Geoffroy Salvas. Dans la fosse, Jean-François Rivest et l'Orchestre symphonique de Montréal offrent des plaisirs variables : à l'extraordinaire raffinement de passages extatiques ou méditatifs succèdent des moments plus triviaux. Certains tempi déconcertent, comme la précipitation hors de propos avant la scène de la mort de Mme de Croissy ou le rythme excessivement alangui pendant le duo entre Blanche et le Chevalier. Enfin, l'orchestre aurait pu se déchaîner davantage dans le prélude au dernier tableau et mieux faire ressortir l'ostinato obsédant du Salve Regina. À l'instar de la mise en scène, l'interprétation vocale et orchestrale nous a réservé des moments touchants, mais ne nous a pas procuré la catharsis que nous espérions.

Louis Bilodeau


 

A lire : notre édition des Dialogues des carmélites, L’Avant-Scène Opéra n° 257.




Photos : Yves Renaud.


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