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Jean-Sébastien Bou (Raimbaud), Julie Fuchs (la Comtesse), Philippe Talbot (Ory) et Gaëlle Arquez (Isolier).

Le Comte Ory,
le 19/12/2017 - Paris, Opéra-Comique
Chantal Cazaux



 

C’est fête à l’Opéra-Comique : un drôlissime Comte Ory y prend sa villégiature d’hiver jusqu’au soir du réveillon. Et il faut y courir pour profiter des rares places restantes !

D’abord pour retrouver, c’est chose trop rare, cet ouvrage délicieux de Rossini, créé à l’Opéra de Paris en 1828, pour partie reconverti de la partition du Viaggio a Reims et pour partie tout neuf (et quelle inspiration !). Dans son livret, Scribe étoffe l’un de ses vaudevilles, lui-même inspiré d’une ancienne ballade populaire et assez leste (« Le Comte Ory et les nonnes de Formoutier »). Où il est question d’un comte et de ses quatorze chevaliers, tous déguisés en nonnes pour mieux pénétrer un couvent et en séduire les occupantes… La censure étant passée par là, l’action se situera finalement dans le château d’une belle comtesse, laquelle héberge moult amies comme elle célibataires forcées attendant le retour des croisades de leurs époux respectifs, et accueillera par un soir de tempête des pèlerines en détresse.

Difficile de distinguer musique et théâtre pour créditer la réussite de cette nouvelle production. Après Fortunio en 2009, Louis Langrée et Denis Podalydès se retrouvent, ainsi qu’une même équipe scénographique : Eric Ruf aux décors, Christian Lacroix aux costumes et Stéphanie Daniel aux lumières. L’élégance et la sobriété visuelle de leur univers se pimente de quelques traits discrets mais bien sentis (par exemple le chapeau et la coiffure de Dame Ragonde, hautement emphatiques), s’anime quand il le faut (très bel orage) et crée une liberté de mouvement que Podalydès utilise avec verve (on apprécie notamment le labyrinthe constitué par l’enchevêtrement d’un confessionnal, d’une chaire et d’une sacristie imaginaire !). Surtout, la direction d’acteurs du Sociétaire de la Comédie-Française tire dans tous les coins et fait mouche, trouvant le ton juste pour que jamais le libertinage ne tombe dans le graveleux (très joli trio du II où le triolisme se dessine en surprise d’abord, en légèreté ensuite, en tendresse enfin), pour que les différents niveaux de comique s’entrelacent sans s’écraser et que jamais le travesti de vaudeville ne sombre dans la grossièreté. Il est aidé en cela par un Chœur Les Elements en état de grâce : voyez la façon dont tous passent en un clin d’œil, corps et voix, du gaillard au spirituel, de la chanson à boire à la prière ! Côté femmes, l’admiration n’est pas moindre : l’Introduction du II est d’une lumineuse délicatesse de timbres et d’équilibres. En fosse, Louis Langrée met un petit temps à chauffer l’Orchestre des Champs-Elysées (pas avare de quelques inexactitudes ou étroitesses de couleurs au premier acte), mais trouve au II l’exact équilibre entre clarté et énergie grondante.

Quant aux solistes, leur implication joueuse est au niveau de leur chant raffiné. A tout seigneur, tout honneur : Philippe Talbot nous rappelle quel rossinien il est, quel beau timbre aussi (où jamais les suraigus, attaqués avec une souplesse confondante, ne paraissent efforcés), et met tout son art à dessiner un Ory jamais caricatural et finalement très attachant ; la ligne, moelleuse, et les couleurs, d’une palette changeante, accompagnent une présence scénique au tempérament comique sûr. Sa comtesse ? Une Julie Fuchs inoubliable. Que la projection soit parfois ténue n’oblitère en rien le plaisir à voir une interprète se couler avec gourmandise dans un personnage duplice – aristocrate, certes, mais surtout en manque d’amour (et, disons le mot !, de sexe) –, à l’entendre dégainer en arme de séduction mutine un fiorito superbement perlé sur le souffle, avec ici ou là quelques clins d’œil au répertoire glissés dans les cadenze… Dans son jeu comme dans sa voix – timbre et élocution française au chic très parisien –, on retrouve même quelque chose de la présence radieuse d’une Darrieux, visage et musique d’ingénue vous coulant entre les cils un regard indiciblement hardi… Autour, on va de sommet en sommet : Gaëlle Arquez (Isolier) au panache flamboyant, Eve-Maud Hubeaux (Ragonde), bien qu’annoncée souffrante le soir de la première, aux profondeurs magistrales, Patrick Bolleire raffinant les teintes de son Gouverneur, Jean-Sébastien Bou incarnant un Raimbaud virevoltant et noir tout à la fois, se rêvant sans doute Giovanni à la place de son compère Ory… et jusqu’à l’Alice de Jodie Devos, exacte et d’une belle présence. Des sommets dont on n’a aucune une envie de redescendre : vite, revoir le spectacle !

Chantal Cazaux


 

A l’Opéra-Comique jusqu’au 31 décembre, puis à l’Opéra royal de Versailles les 12 et 14 janvier.




Philippe Talbot (Ory), Julie Fuchs (la Comtesse) et Gaëlle Arquez (Isolier).
Photos : Vincent Pontet.


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