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Maria Bengtsson (Anna), Matthew Polenzani (Ottavio), Karine Deshayes (Elvira),
Fernando Rado (Masetto), Alessio Arduini (Leporello, à genoux) et Nadine Sierra (Zerlina).
Photo : Christophe Pelé / OnP.

Don Giovanni,
le 16/09/2015 - Opéra national de Paris, Opéra Bastille
Olivier Rouvière


 

Troisième reprise ouvrant la première véritable saison de Stéphane Lissner à la tête de l’Opéra de Paris (en attendant la première nouvelle production de cette ère : Moses und Aron), cette production de Don Giovanni, créée par Michael Haneke en 2006, n’a pas pris une ride. Mieux : à l’heure où la crise s’enkyste, où la société s’avoue toujours plus inhumaine, l’univers glacé et le destin glaçant réservés ici au héros de Tirso de Molina nous interpellent encore davantage.

Nous voici projetés à l’étage de quelque gratte-ciel de La Défense ou de Wall Street, dans un hall en faux marbre noir où convergent les ascenseurs, où clignotent les distributeurs électriques ; éclairage blafard, vue nocturne imprenable sur d’autres tours diversement illuminées ; les jeunes cadres dynamiques, harassés mais toujours sous tension, desserrent leur cravate avant de s’envoyer quelques verres (en plastique), mâchonnent des sushis plutôt que de rejoindre leur antre solitaire. L’executive manager (Giovanni) tente de se taper la « directrice junior », blonde glaciale en tailleur crème (Anna), qui le repousse, puis l’agrée, puis le dénonce à papa-directeur…

Façon de jouer du « travelling », du « zoom », des entrées et sorties qui, sans cesser d’être des événements, ne font qu’enfermer les personnages ? On pense immédiatement en termes de cinéma : comme dans Demonlover d’Assayas, la scénographie nous parle de la solitude à l’époque de l’open space et du gel des émotions en un temps d’hyperactivité. Et lorsque le héros se penche au-dessus du vide ou arrache des petites culottes pour chanter « viva la libertà », c’est le désespoir du récent Margin Call de Chandor qui nous revient.

Et puis, il y a la violence. Pas seulement celle des bouteilles fracassées pour servir d’armes ou des irrépressibles coups de couteau. Plutôt celle qu’exercent aujourd’hui, non plus les aristocrates sur la plèbe, mais les jeunes nantis aux dents longues sur les moins bien lotis. Abandonnant le cadre vieillissant (Elvira) qui a, comme on dit, « boosté » sa carrière, Giovanni se rabat sur la « technicienne de surface » issue des « minorités » (Zerlina), qu’il violente en la menaçant de la renvoyer chez elle. Là, c’est à Bread & Roses de Loach qu’on pense – le sourire en moins ! –, avant que le recours aux dérisoires masques de Mickey ne nous ramène à l’atroce Funny Games… d’Haneke. Oui, c’est bien notre monde : injuste, insensible, cloisonné, désert, mutique. On s’y croirait, et c’est bouleversant !

La distribution, sans toujours être optimale en termes purement vocaux, sert parfaitement le propos dramatique. Prenez le couple Anna/Ottavio, la fille du patron glamour et blasée, et l’héritier empoté, désespérément normal : aucune chance qu’ils s’entendent, avec des voix si différentes – rauque, sombrée, animale et passablement mûre pour la soprano suédoise Maria Bengtsson ; candide, lumineuse, avec des sons très ouverts et un peu plats « alla Alva » pour le ténor américain Matthew Polenzani. Le commendatore-directeur d’Alexander Tsymbalyuk est granitique à souhait, le Masetto de Fernando Rado éminemment viril, le Leporello d’Alessio Arduini idéalement alerte bien qu’un peu clair de timbre, pour mieux jouer les assistants bluffés de Giovanni, tandis que la Zerlina très musicale de Nadine Sierra agace parfois les dents avec ces couleurs vertes qui sont le lot de la jeunesse (Gaëlle Arquez, qui lui succèdera à partir du 29 septembre, devrait offrir des teintes plus cuivrées). Jusqu’au Giovanni d’abord décevant parce qu’uniformément trompettant d’Artur Rucinski qui ne finisse par émouvoir à force de bravade ! Mais la grande triomphatrice de la soirée c’est l’Elvira charnelle, chaleureuse, à la sensualité ravageuse de Karine Deshayes, qui trouve à épancher dans ce rôle (son meilleur, à ce jour) sa fougue à fleur de peau.

Le succès de la troupe n’aurait pas été possible sans l’œil et la baguette d’un chef. Patrick Lange n’arbore pas pour rien le patronyme de la bien-aimée lointaine d’Amadeus : l’attention qu’il porte aux textures, à l’entrelacs des lignes, aux variations dynamiques et au soutien des chanteurs fait déjà de lui un vrai mozartien, tout en révélant l’héritage d’Abbado dont il fut l’assistant. Lui manquent peut-être encore un sens des contrastes plus accusé et une certaine noirceur : mais bien que déjà chef principal du Komische Oper de Berlin, il n’a encore que trente-cinq ans… Laissons-lui le temps de se buriner, et remercions-le d’avoir à ce point motivé les troupes de l’Opéra, au fil de cette passionnante soirée !

Olivier Rouvière

 

A lire : notre édition de Don Giovanni, L’avant-Scène Opéra n° 172.




Artur Rucinski (Don Giovanni) et Karine Deshayes (Elvira).
Photo : Christian Leiber / OnP.


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