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Marion Tassou (Manehu) et Enguerrand de Hys (Loti).

L'Île de rêve,
le 06/12/2016 - Paris, Théâtre de l'Athénée
Pierre Flinois



 

Pierre Marie Julien Viaud, aspirant de marine, débarque en 1871 à Tahiti où la Reine Pomaré lui donne le surnom de Loti, qui deviendra son nom de plume. Souvenir de ce long séjour, Le Mariage de Loti romancera une idylle dont le héros – lui-même –, parti en Polynésie sur les traces d’un frère aîné décédé, y retrouve une famille indigène abandonnée et vit à son tour le cycle « coup de foudre, liaison, abandon ». Publication en 1882, avant ce qui sera, cinq ans plus tard, comme une redite tout aussi exotique mais autrement à succès : Madame Chrysanthème, fruit d’un mariage mensualisé à Nagasaki… On sait ce qu’elle devint sous les doigts de Messager d’abord puis de Puccini. On sait moins que Le Mariage de Loti séduisit un autre compositeur alors à l’aube de sa carrière, Reynaldo Hahn, qui le fit adapter sous le titre L’Île du rêve pour son premier ouvrage lyrique composé alors qu’il avait 17 ans, et créé sept ans plus tard à l’Opéra-Comique, en 1898.

Reynaldo Hahn, si fêté de son vivant, coqueluche des salons, chef délicat, compositeur sensible, est tombé depuis au purgatoire du répertoire où seule Ciboulette chante encore ses mérites avec régularité sur scène. Ô mon bel inconnu, Mozart, Le Marchand de Venise sont devenus des raretés ou des fragments pour récitals cultivés. Comment ne pas saluer alors l’initiative de Musiques au Pays de Loti qui monte, entre Rochefort (en mai dernier) et l’Athénée, L’Île du rêve qu’on aura bien du mal à documenter ailleurs ?

On découvre donc ce premier essai, qui n’est bien entendu pas la plus éblouissante réussite de son auteur mais expose déjà, au milieu des influences, un style propre au compositeur : un charme irrésistible, un sens de la mélodie enveloppante, une légèreté de touche qui n’empêchent ni l’émotion ni la dramatisation mais refusent à cette dernière une densité qui n’est pas dans la nature de Hahn, non plus d’ailleurs que dans les romans de Loti, jamais exaspérés, non plus encore que dans le livret d’André Alexandre et Georges Hartmann, bien peu naturel, ampoulé même – c’est l’époque qui l’impose, en fait – pour une histoire qui devrait respirer l’amour et les îles et n’en reste qu’à une vision simpliste de ce qui est aussi l’un des premiers « biopéras » de l’histoire. C’est donc bien Reynaldo qui donne ses chances à l’œuvre, lui qui joue heureusement de l’exotisme sans la carte du folklore musical – cela sauve le tout – et s’inscrit avec élégance dans un style infiniment français, de son époque, tout en s’en démarquant par son ton propre. Voilà donc un délicieux prélude à l’acte II, néo-mozartien, un duo d’amour loin des fièvres post-wagnériennes, des chœurs enjoués, des airs bien écrits… de la naïveté autant que de l’exaltation – c’est incontestable, mais cela ne fait pas pour autant une œuvre indispensable.

Pour la servir au mieux, l’orchestre du Festival (ils sont douze pour une version remaniée pour formation de chambre par Thibault Perrine) s’avère souple et léger, répondant bien à la baguette très concernée et attentive de Julien Masmondet. L’équipe vocale, jeune, s’investit au meilleur de ses moyens : Marion Tassou (qui incarne l’émouvante Manehu, la vahiné aimée et, à la fin, abandonnée) chante avec goût et expression, d’une voix à l’aigu rayonnant qui n’a comme vrai défaut qu’une articulation bien floue, tandis qu’Eléonore Pancrazi (qui se partage entre une princesse Teria et Oréna, la veuve qui n’a pas résisté à l’abandon) impose d’une voix puissante et persuasive une personnalité aussi forte dans la lucidité de la première que dans le déchirement de la seconde. Quant à Enguerrand de Hys, son Loti est le plus stylé qu’on puisse imaginer. Reste la partie visuelle du spectacle, signée Olivier Dhénin, bien décevante. On y attend les couleurs de Gauguin, on y découvre un esprit pensionnat colonial – vahinés en robes noires hideuses, chaussures tout aussi impropres – qui ne rend pas compte de la Polynésie de l’époque, de sa liberté de ton, de mouvement. Les décors hésitent entre quelques vieilles photos d’époque en projections, quelques beaux paysages naturalistes et quelques fonds colorés et nus que la direction d’acteurs ne viendra habiter que de personnages conventionnels et non vrais. Pour le rêve, on repassera.

Pierre Flinois




Photos : Odile Motelet.


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