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La direction d’acteurs de Francesca Zambello est à l’avenant : souvent massive ou appuyée (notamment les scènes chorales, très statufiées, mais aussi la mort de Billy Budd, d’un réalisme complaisant), mais animée de moments à la cruauté juste – on songe à la scène entre Claggart et le Novice, où le désir bridé en violence joue parfaitement de la stature des interprètes. Et en effet, ce sont les interprètes qui peuvent donner vie et corps à cette mise en scène, et ceux de cette reprise ne font pas défaut. Le Billy Budd de Lucas Meachem, silhouette de Siegfried et chant à l’aisance confondante, est gaillard et franc tout du long, touchant dans son dernier air, suspendu et élégant – somme toute, plus entier qu’ambigu, à l’image de la lecture d’ensemble de la production qui joue sur le sacrifice odieux plus que sur le réseau d’émotions complexes qui l’enveloppe. Face à lui, Gidon Saks compose un Claggart corseté, qui refoule son trouble sous une carapace d’élégance et libère des pulsions sadiques cinglantes, d’un timbre un peu mat qui rend le personnage d’autant plus opaque, d’autant plus inquiétant. L’équipe vocale autour d’eux tient son rang, elle aussi plus tonique qu’ambiguë, et la baguette de Jeffrey Tate, de retour à Paris après onze ans d’absence, mène à bon port les sombres méandres de l’orchestre de Britten. Ajoutez à cela un chœur particulièrement sombre et mâle, en plus d’être d’une belle précision, et vous aurez un Billy Budd lisible, efficace plus que subtil, spectaculaire plus que psychologique. Un bon moyen, peut-être, d’entrer dans l’œuvre et son enjeu sinueux, mais avec le risque d’en perdre les finesses à force d’en souligner la noirceur.

Crédit photos : Opéra national de Paris/ Ian Patrick
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