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Kyle Ketelsen (Golaud), Patricia Petibon (Mélisande) et Jean Teitgen (Arkel).

Pelléas et Mélisande,
le 09/05/2017 - Paris, Théâtre des Champs-Elysées
Chantal Cazaux



 

 

L’an passé, on avait admiré le théâtre désaffecté imaginé par Eric Ruf pour le Mithridate mis en scène par Clément Hervieu-Léger, en le qualifiant de « splendide épave nocturne » (lire ici). Ce sont les mêmes termes qui pourraient s’appliquer au décor (pourtant bien différent) de ce nouveau Pelléas et Mélisande, où Eric Ruf façonne une image aussi prégnante qu’elle est insidieuse : entre fond de cale sinistre et citerne à l’eau croupie – et malgré sa paroi concave et majestueuse qui évoquerait presque un rocher de Walkyrie peduzzien –, le château d’Allemonde semble un cauchemar mouvant, plongé dans une nuit malsaine que les lumières de Bertrand Couderc habitent de filaments épars et de lueurs à demi-vivantes. De cette matière noire et épaisse se détache comme un cri la chevelure rousse de Mélisande – démesurée comme un torrent, seule vraie source de lumière et de couleur –, comme irradiée quand elle apparaît à sa fenêtre, cadre soudain ouvert sur une chambre qui est feu d’ors et de joyaux. Celle qui était apparue sans éclat et qui mourra de même consume alors tous les regards et se consume en épiphanie glorieuse, icône hiératique dévoilant le temps d’un air le secret de sa richesse intérieure. Au diapason de cette vision scénographique subtile, les costumes de Christian Lacroix travaillent le détail d’un monde corseté aussi bien que la touffeur presque végétale d’une robe-linceul, tandis que la direction d’acteurs d’Eric Ruf se refuse à souligner ou à expliciter, corsetant elle aussi les corps dans une retenue opaque aux lenteurs mortifères, où même le désir et la violence ne sont qu’à demi-exprimés. On peut le regretter ou bien trouver à cette pudeur, où l’esprit supplante la chair, des vertus languides : le mystère des personnages s’accroît et l’absence d’émotion psychologique ne paraît pas, ici, un contresens.

Couleurs et transparences, lyrisme et flamme sont en revanche au rendez-vous de la fosse, équilibrant d’autant la proposition : la direction de Louis Langrée mène l’Orchestre national de France à son meilleur, un rien timide au début mais porté ensuite par un souffle ductile et des palettes de teintes venant iriser l’imaginaire. Le plateau d’interprètes est exceptionnel dans son adéquation aux profils vocaux, son équilibre interne et sa maîtrise d’une élocution française claire et racée. Si les aigus du duo lui font défaut en ce soir de première, Jean-Sébastien Bou a pourtant tout d’un Pelléas à la fois juvénile et charnel, profond et volatil, aux accents pluriels et choisis avec virtuosité d’esprit et d’émission. Face à lui, le Golaud de Kyle Ketelsen est d’une noirceur mordante, la voix est virile mais sans démonstration de force, d’une autorité naturelle ; on défie quiconque de trouver une pointe d’américain à son français châtié, y compris dans les passages véhéments. Pour sa prise du rôle de Mélisande, Patricia Petibon se révèle destinée à ce personnage dont sa voix, lumineuse et fruitée, et son chant, qui sait doser le vibrato, la couleur et les intentions (y compris ambiguës), parcourent exactement toute la palette : femme et enfant, étonnée de vivre plus encore que de mourir, d’une inconscience dont on ne saura pas si elle est refuge, innocence ou perdition. Jean Teitgen est un Arkel magistral, d’une présence à la tristesse généreuse ; Sylvie Brunet-Grupposo, malgré quelques sons trahissant une Lettre mal située sur son ambitus, est aussi une Geneviève attentive et humaine. Jennifer Courcier est incroyablement crédible en Yniold, tant de silhouette que de présence vocale, et Arnaud Richard est un Médecin sans faille.

Un Pelléas ni choc ni toc, aux vrais envoûtements pénétrants.

Chantal Cazaux

 

Lire notre édition de Pelléas et Mélisande : L’Avant-Scène Opéra n° 266.




Patricia Petibon (Mélisande) et Jean-Sébastien Bou (Pelléas).
Photos : Vincent Pontet.


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