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Alcione,
le 26/04/2017 - Paris, Opéra-Comique
Olivier Rouvière



 

Soirée de liesse à l’Opéra-Comique : la salle rouvre ses portes après plus d’un an et demi de travaux, le premier ministre est en visite, le pâtissier Lenôtre fait goûter sa dernière création (un gâteau surnommé… le Favart) et, last but not least, Jordi Savall, peu présent dans les salles lyriques de France, officie dans la fosse.

Le gambiste catalan, dont la bande-son pour le film d’Alain Corneau Tous les matins du monde (1991) a largement contribué à la résurrection de Marin Marais, témoigne depuis longtemps de son intérêt pour la troisième des quatre « tragédies en musique » laissées par le compositeur : Alcione (1706). Si Marc Minkowski lui brûla la politesse en enregistrant dès 1990 une intégrale de l’ouvrage (Erato), Savall n’en persévéra pas moins en gravant trois ans plus tard une suite exhaustive de danses pour Auvidis.

A la scène, la belle Alcyone (selon la graphie moderne) n’avait point paru depuis 1771… Pourtant, le livret fantasque d’Houdar de La Motte appelle le théâtre : certes, les héros y retombent toujours dans les mêmes écueils (Alcione va épouser Céix, et puis finalement non, et puis si quand même, oh, et puis non, et puis si, mais dans la mort) et le troisième protagoniste, l’émouvant Pélée, épris de l’une, ami de l’autre, n’y sert à rien, mais le librettiste n’a pas mégoté sur les descentes de dieux, épisodes infernaux, accès de folie et airs de lamentation. Surtout, il y a la fameuse tempête qui, avant de devenir un morceau d’orchestre mémorable, est une extraordinaire situation : car de La Motte fond ici en un seul les tableaux du sommeil et de l’orage, de telle sorte que c’est en rêve qu’Alcione voit son amant s’abîmer dans les flots et qu’on se demande donc si toute la suite de l’action n’est point un cauchemar.

Merveilleux matériau dont, hélas, Louise Moaty ne fait rien : comme souvent, la rêveuse disciple de Benjamin Lazar remplace la mise en scène par quelques intuitions poétiques. L’Idée, ici, ressassée ad nauseam, c’est le recours aux arts du cirque, à l’univers des palans, filins et contrepoids, qui évoque aussi bien le pont d’un vaisseau que les coulisses d’un opéra. Par instants, cela fonctionne : on aime l’image du mariage vu comme une forêt de liens tendus et détendus. Mais au bout de six actes, la répétition des procédés (et que je tombe des cintres, et que je grimpe au mât, et que je balance des cordes) finit par lasser, d’autant qu’aucune direction d’acteurs ni ligne narratrice ne l’accompagnent, que les costumes d’Alain Blanchot, qui cultivent le débraillé bobo, semblent sortis d’un vide-grenier (la palme – si l’on peut dire – revenant à la grotesque coiffure façon buisson ardent qui fait ressembler Neptune au zèbre afro de Madagascar !), et que la chorégraphie de Raphaëlle Boitel échoue à se démarquer de l’acrobatie proprement dite.

Tels sont les revers d’une médaille qui a son bon côté : la synergie de groupe créée entre circassiens, danseurs, chanteurs et choristes, qui parvient à faire comprendre que le destin de chacun reste lié à celui de tous, que le mode d’expression de chacun n’est que la forme particulière prise par la langue de tous. Les chanteurs sont amenés à danser, voire à caracoler, et certains danseurs sont aussi de magnifiques chanteurs : mention spéciale au Chef des matelots de Yannis François ! Honneur, particulièrement, au magnifique Chœur (du Concert des Nations : à peine quinze membres !) coaché par Lluis Villamago, à l’élocution et aux vocalises aussi précises que ses couleurs sont typées, qui se subdivise en merveilleux « petits chœurs » : le duo de sopranos « Régnez, Zéphyrs » ainsi que tout le divertissement marin qui l’encadre fait régner sur la salle un silence enchanté.

Venant en appui aux choristes proprement dits, plusieurs « petits rôles » méritent aussi d’être applaudis : notamment la touchante Bergère/Prêtresse d’Hanna Bayadi-Hirst et le radieux Apollon/Sommeil de Sebastian Monti. En revanche, nous supplions les chefs baroques de nous épargner désormais l’affreux et incompréhensible grasseyement d’Antonio Abete, qui dépare franchement le cast. Plus séduisante, l’autre basse (celle de Lisandro Abadie, très crédible scéniquement) échoue pour sa part à faire sonner les graves du méchant Phorbas. Et les héros ? Voici trois cas particuliers, trois techniques bien distinctes, dont le mariage n’allait pas de soi. Chez le baryton Marc Mauillon (Pélée), on admire la projection, la diction et l’articulation superlatives mais on déplore l’absence de véritable timbre, d’harmoniques, surtout dans le bas du registre. C’est tout l’inverse chez le ténor Cyril Auvity (Céix), au timbre ensorcelant et ouaté, mais dont l’émission part souvent « en arrière » et qui peine désormais dans cette stratosphérique partie de haute-contre (son air du II s’en ressent). Quant à la jeune Léa Desandre (23 ans, récente révélation des Victoires de la Musique), elle impressionne par son aisance dans la tessiture hybride d’Alcione et la richesse de ses inflexions, moins par une émission nerveuse et un médium qui cherche encore à s’épanouir. Tous trois, malgré les réserves, bouleversent chacun à leur tour et, trop brièvement, ensemble, lors du trio de l’acte I.

Restent Le Concert des Nations et son timonier : le premier frappe par ses coloris fauves et ses phrasés racés, la précision des attaques et la variété des accents (toujours renouvelés mais jamais exhibés dans la Chaconne finale), tout en montrant ses limites en termes de dynamique lors de la fameuse tempête (acte IV). Manifestement amoureux de cette musique – très lullyste encore, quoi qu’il en dise, et moins personnelle que celles, contemporaines, d’un Campra ou d’un Destouches –, Savall réussit de merveilleux dégradés entre récits, petits airs et grandes scènes, tout en flattant l’élégance des danses et la mélancolie des « symphonies ». Est-il un chef de théâtre pour autant ? Pas sûr. La salle lyrique réclame parfois un geste plus large, plus exhibitionniste, moins d’élégance et plus de « laisser-aller » (l’air d’Alcyone, au début de l’acte IV, est fort « tenu »).

Il s’agissait d’une première : amenée à tourner (Versailles, Barcelone, Caen), la production devrait bientôt faire craquer ses trop neuves coutures…

Olivier Rouvière




Photos : Vincent Pontet.


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