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Angela Gheorghiu (Adriana) et Marcelo Alvarez (Maurizio).

Adriana Lecouvreur,
le 23/06/2015 - Opéra national de Paris, Opéra Bastille
Chantal Cazaux

 


Plus de vingt ans après son entrée tardive au répertoire de l’Opéra de Paris, Adriana Lecouvreur de Cilèa nous revient dans une production somptueuse qui signe aussi les débuts in loco – également tardifs ! – du pourtant planétaire David McVicar. Ajoutez la Gheorghiu, vraie diva d’aujourd’hui, dans le rôle de la grande tragédienne qui fut jadis incarnée au théâtre par Rachel ou Sarah Bernhardt, et vous obtenez un beau succès public en ce soir de première où, chose rare à Paris, pas un sifflet ne s’est élevé au moment des saluts.

Production somptueuse, donc, qui aborde Paris après avoir été créée à Covent Garden : jouant jusqu’au bout la carte du théâtre, David McVicar dessine un monde d’artifices où Adrienne, qui désire pourtant être « vraie » et sincère, ne peut qu’être dévorée par trop de rivalités, de secrets, de bassesses. Ainsi la voit-on non seulement jouer mais vivre, et mourir, dans un théâtre, ainsi le pavillon de la Duclos ou le palais du duc de Bouillon sont-ils d’autres théâtres – ou plutôt, d’autres facettes du même –, avec entrées et sorties mondaines réglées comme une représentation, divertissement dansé offert sur un… plateau, et cabinet secret utilisé comme coulisse. Le décor de Charles Edwards, aussi magistral et documenté qu’évocateur, est magnifié par les lumières d’Adam Silverman, comme le sont les superbes costumes de Brigitte Reiffenstuel. L’œil se régale, d’un plaisir qui serait complet si la direction d’acteur allait plus loin qu’une mise en place des mouvements et intentions certes soignée (et toujours à l’écoute de la musique) mais assez académique et, partant, superficielle. Et l’oreille ?

Elle savoure une partition conduite avec son engagement coutumier par un Daniel Oren généreux d’élans fougueux mais aussi de nuances impalpables, et attentif au plateau en toute circonstance. La distribution est très homogène, jusque dans des petits rôles bien représentés – Alexandre Duhamel en Quinault et Carlo Bosi en Poisson, Mariangela Sicilia en Mlle Jouvenot et Carol Garcia en Mlle Dangeville. Raùl Giménez sert l’abbé de Chazeuil de son ténor de caractère au tempérament comique certain –  sa gestuelle un rien scolaire y contribue –, le prince de Bouillon de Wojtek Smilek est bien conduit – même si le couple qu’il formerait avec la Princesse de Luciana d’Intino, voix imposante de puissante solidité et riche d'un brûlant théâtre intérieur, laisse songeur… Malgré son vibrato désormais aventureux, Alessandro Corbelli est un remarquable Michonnet : il parvient à exprimer toutes les facettes de ce personnage à la fois drôle et émouvant, comme l’évolution de son amour secret pour la belle Adrienne vers une tendresse toute paternelle. Moins délié dans son jeu, Marcelo Alvarez compose néanmoins un Maurizio de belle eau, d’autant qu’il ne se contente pas d’un chant uniment proclamé et va chercher des nuances subtiles, des attaques périlleuses par leur refus du port de voix. Même aux dépens de la ligne voire du timbre, même souvent inconfortable à l'évidence, ce souci d’un style châtié l’honore et compense par l’expression vocale ce que l’acteur ne dessine qu’imparfaitement. Et Adrienne ?

Angela Gheorghiu connaît son instrument – ses beautés mais aussi ses limites, notamment en termes de projections dans le médium – et sait le magnifier en permanence, sans jamais le forcer. Souvent trop enveloppée par l’orchestre de Cilea, elle en émerge ensuite avec sensualité et rayonnement, maîtrisant des phrasés délicatement suspendus. Le monologue de Phèdre, obligeant à se poser dans le grave de la voix, n’est évidemment pas sa meilleure partie, mais les deux airs convainquent par leur raffinement d’exécution – plus qu’une tragédienne, une styliste vocale. Vulnérabilité accentuée par un jeu qui dessine la jeunesse du personnage plutôt que sa majesté, la femme fougueuse plutôt que la souveraine des planches. On peut rêver une Lecouvreur de plus grande envergure vocale ou charismatique, mais cette Adriana apparaît touchante et nous émeut, d’une humilité de dessein qui, somme toute, s’accorde très délicatement à la bonté d’âme de la véritable Adrienne.

Chantal Cazaux

 

Notre édition d’Adrienne Lecouvreur : L’Avant-Scène Opéra n° 155




Angela Gheorghiu (Adriana) et Luciana d'Intino (la princesse de Bouillon).
Photos : Vincent Pontet / OnP.


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