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PATRICE CHÉREAU, UN MUSÉE IMAGINAIRE Révérence

Sous la direction d'Eric Mézil

 

Dans la carrière de Patrice Chéreau, Avignon est la ville qui vit le triomphe d'Hamlet en 1988 et où, en juillet 2013, il fit sa dernière apparition publique en lisant Coma de Pierre Guyotat. Moins de deux ans après sa disparition brutale, la Cité des papes accueille à l'Hôtel de Caumont (Collection Lambert) la très belle exposition Patrice Chéreau, un musée imaginaire, dont ce livre constitue davantage que le simple catalogue.

 

Car en plus de reproduire les œuvres exposées, le volume comprend une trentaine de témoignages qui composent un somptueux hommage, une véritable célébration de l'artiste. De par leur caractère souvent très émouvant, ces textes frappent peut-être encore plus que la riche iconographie : on comprend à quel point ceux qui l'ont approché ont vécu quelque chose de fondamental sur les plans humain et artistique. Les Jean-Pierre Vincent, Richard Peduzzi, Pascal Greggory, Dominique Blanc, Isabelle Huppert et Eva Wagner-Pasquier ont tous été profondément marqués par sa personnalité complexe et sa vision de la mise en scène, que ce soit au théâtre, à l'opéra ou au cinéma. Si la plupart de ces témoignages sont inédits, une dizaine d'entre eux avaient déjà été publiés, entre autres dans L'Avant-Scène Opéra 281 (Opéra et mise en scène : Patrice Chéreau), d'où proviennent les propos de Pierre Boulez et de Stéphane Lissner.

 

Grâce à cet ouvrage, le lecteur en apprend également un peu plus sur la famille de l'artiste, en particulier sur son père, le peintre Jean-Baptiste Chéreau (1907-1988). Le conservateur Benoît Decron nous dévoile quels sentiments ambivalents le fils a pu éprouver face à un père souvent absent, qui allait régulièrement passer de longues périodes en Catalogne, vivant alors en ermite et laissant à Paris femme (Mady, également peintre) et enfants (Claude et Patrice). Compléments indispensables de ce texte, les toiles du père et les collages pour maquettes textiles de la mère se trouvent, du coup, parés d'une forte charge émotive et participent pleinement à ce « musée imaginaire » voulu par Éric Mézil, commissaire de l'exposition.

 

Comme il se doit, de nombreux documents sont en lien direct avec le parcours de Chéreau et proviennent du fonds d'archives qu'il avait déposé à partir de 1996 à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC), partenaire essentiel de cette exposition. Affiches de films, maquettes de décors, photos de productions légendaires, mais aussi carnets de travail, textes annotés et superbes dessins du jeune Chéreau traduisent la « furie créatrice » (Richard Peduzzi) qui s'empara du metteur en scène dès les premières expériences théâtrales au lycée Louis-le-Grand (1963-65) jusqu'à la sublime Elektra (2013) d'Aix-en-Provence.

 

L'exposition réunit aussi - avec une part d'intuition, comme le précise le commissaire - des toiles, photos et sculptures qui reflètent les goûts éclectiques du metteur en scène et cherchent à établir une sorte de dialogue avec son univers artistique. Certains artistes s'imposaient d'eux-mêmes, comme Géricault et la photographe américaine Nan Goldin, déjà présents dans l'exposition Les Visages et les Corps que Chéreau avait conçue pour le Louvre en 2010. Les tableaux de François Dubois ou d'Édouard Debat-Ponsan évoquant la Saint-Barthélemy entrent bien sûr en résonance avec La Reine Margot. La présence a priori étonnante d'un certain nombre d'œuvres se trouve parfaitement justifiée au fil de la lecture. Ainsi par exemple de L'Homme blessé de Courbet, qui inspira à Hervé Guibert le titre du célèbre film dont il a co-écrit le scénario. Pour leur part, la toile Seated Figure de Francis Bacon et la sculpture Takman de la Belge Berlinde De Bruyckere font écho aux propos de Jean-Loup Rivière sur un aspect récurrent dans le théâtre de Chéreau : la force des corps mêlés formant une chaîne humaine, comme dans Così fan tutte, De la maison des morts et L'Or du Rhin.

 

Ces diverses associations nous aident à mieux saisir la complexité d'une œuvre « étrangement fondue entre le pessimisme et l'espoir », pour reprendre les mots de Richard Peduzzi. Bien que le choix et l'intérêt de quelques documents puissent prêter à discussion, ce magnifique ouvrage nous aide à entrer plus avant dans l'univers d'un géant du théâtre dont l'absence se fait cruellement sentir.

 

 

Louis Bilodeau

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