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Critiques cd-dvd et livres

PARSIFAL Révérence

Wagner

 

Andreas Schager (Parsifal), Anja Kampe (Kundry), Wolfgang Koch (Amfortas), René Pape (Gurnemanz), Tomas Tomasson (Klingsor), Matthias Hölle (Titurel), Chœur et Staatskapelle Berlin, dir. Daniel Barenboim, mise en scène : Dmitri Tcherniakov (Berlin, Schiller Theater, avril 2015).

DVD Bel Air Classic BAC 128. Distribution : Harmonia Mundi.

 

Une église désaffectée dont le chœur mutilé rappelle celui de la Cathédrale de Sienne mais arasé par un plafond de béton, où Gurnemanz explique le Graal à une assemblée de reclus mi-ermites mi-SDF en projetant des photographies de productions historiques de Parsifal. Une Kundry vêtue en garçon, voyageuse avec son sac de cuir, violentée par ce monde d'hommes, ayant fauté avec Amfortas et refermant sa blessure en l'embrassant à pleine bouche devant un Parsifal émerveillé, randonneur adolescent qui aura tué Klingsor de sa lance comme Hagen perçant Siegfried. Cela se tient, s'explique et trouve son aboutissement lors de la présentation du Graal où l'assemblée se saisit d'Amfortas pour recueillir le sang de sa plaie dans la coupe. Le sacrifice eucharistique consommé, Titurel dans son noir corset de cuir sort du cercueil où il s'était couché, régénéré : Dieu, c'est lui, c'est à lui que l'assemblée se soumet. La parabole christique se réalise ; lorsque Titurel aura passé, Amfortas, désespéré, renversera le cercueil pour étreindre son cadavre. Dieu est mort.

 

La cohérence est évidente au long des actes I et III qui se répondent et s'éclairent, Tcherniakov ayant pensé son Parsifal en démiurge, concevant décors, costumes, réglant avec l'art qu'on lui sait une direction d'acteurs suractive qui dit tout des personnages, de leur passé comme de leur destin. Il les teinte d'un soupçon de Khovanchtchina : les chevaliers deviennent les derniers des Vieux Croyants, hors du temps historique, relégués en marge de la société. Mais cette cohérence est abandonnée, niée tout au long du II.

 

Décor blanc, identique au chœur délabré du I mais repeint à la chaux, éclairé au néon ; Klingsor a les tics de Mime, vieillard terrifié et terrifiant qui règne sur pléthore de filles, enfants, adolescentes, femmes - un pensionnat en couleurs vives avec cordes à sauter et cerceaux, pour rendre plus noir encore les dilemmes de son âme. Pédophile ? Alors par sublimation seulement, épurant son âme en tenant en son pouvoir cette cohorte d'enfants, « Meister » comme il le proclame avec délectation. Tomas Tomasson y est génial de jeu, d'accent, de présence, tyran toujours, magicien jamais - c'est bien ce qui me manque -, mais Tcherniakov assume jusqu'ici la mort du sacré, Dieux ou Diable. Car à la fin, dans le baiser de Kundry à Amfortas, il signifiera que le salut est dans l'être humain, pas ailleurs. Au centre de l'acte de Klingsor, il produit une saisissante mise en abyme. Les personnages se dédoublent, on voit Parsifal enfant jouant avec un petit cheval, rêvant d'un avenir de « Ritter », avant qu'une jeune fille le séduise. La mère rabroue le garçonnet et gifle la séductrice. Sur tout cela, « Ich sah das Kind » déploie son évocation, magnifiquement phrasé, pensé par Anja Kampe en accord avec ce que Tcherniakov donne à voir. Fondu au noir, Parsifal adulte revient en scène torse nu, poursuivi par Kundry désespérée de ne pas l'avoir déniaisé. La violence de leurs échanges est inouïe, Parsifal reste le chaste fol qui enfin aura compris la raison de la blessure d'Amfortas. Tcherniakov avait prévenu : son Parsifal serait radical. Il est d'abord absolument fidèle au message de Wagner, même lorsque son action en diffère : si Kundry meurt bien, c'est poignardée dans le dos par Gurnemanz après qu'elle a embrassé Amfortas. Parsifal s'enfuira, emportant son cadavre, deux éternels Wanderer par delà la mort.

 

Dans l'intimité et le rapport idéal scène-salle du Schiller Theater, ce spectacle au cordeau devait être fascinant ; la captation d'Andy Sommer en rend compte avec une fidélité exemplaire, nous immergeant dans l'univers du metteur en scène qui aura accompagné si loin dans leurs psychés des chanteurs métamorphosés en acteurs : admirable la Kundry d'Anja Kampe, blessée, plus élégiaque que violente, étreignante ; magnifique de simplicité et de matière vocale le Parsifal d'Andreas Schager, vrai ténor héroïque auquel est promis Siegfried, inusable mais particulièrement saisissant ici le Gurnemanz de René Pape, plus âpre qu'à l'habitude. L'incarnation de Titurel - que l'on voit enfin en chair et en os - saisit dans la statue de Commandeur des abîmes campée par Matthias Hölle. Tomas Tomasson frôle le génie pour un Klingsor déconcertant, sans jamais noircir son timbre. Mais le plus étonnant reste l'Amfortas déchirant de Wolfgang Koch. Si Daniel Barenboim n'a dirigé qu'une seule production de Parsifal à Bayreuth, il l'a souvent présenté à la Staatsoper et son intimité avec l'œuvre s'entend à chaque mesure par son naturel, son éloquence, l'art avec lequel il marie l'orchestre à ses chanteurs : une symbiose - avant même une interprétation, qu'aide encore l'acoustique idéale du lieu où rien jamais n'a à se forcer - rayonne d'évidence.

 

Décidément Parsifal suscite le génie des metteurs en scène. Après celui de Tcherniakov, espérons demain au DVD les productions de Christoph Schlingensief et de Stefan Herheim.

Jean-Charles Hoffelé

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