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L’HEURE ESPAGNOLE - L'ENFANT ET LES SORTILEGES Révérence

Ravel

 

Stéphanie d'Oustrac (Concepcion), François Piolino (Torquemada), Elliot Madore (Ramiro), Alek Shrader (Gonzalve), Paul Gay (Don Inigo Gomez).

 

L'ENFANT ET LES SORTILèGES

 

Khatouna Gadelia (l'Enfant), Elodie Méchain (la Mère, la Tasse chinoise, la Libellule), Kathleen Kim (la Princesse, le Feu), François Piolino (la Théière, la Grenouille, l'Arithmétique), Elliot Madore (le Chat, l'Horloge), Paul Gay (le Fauteuil, l'Arbre), Stéphanie d'Oustrac (la Chatte, l'Ecureuil). Chœur et Orchestre philharmonique de Londres, dir. Kazuchi Ono, mise en scène : Laurent Pelly (Glyndebourne 2012).

Fra Musica FRA008. Distr. Harmonia Mundi.

 

Laurent Pelly a remis sur le métier son Heure espagnole de Garnier (la production avait en fait été créée à Tokyo), la taillant aux mesures de la scène de Glyndebourne, accentuant encore son léger parfum de movida almodovarienne. On admire cette régie alerte où Pelly plie l'action dans la musique que Ravel a faite si fluide sans pour autant se priver de caractériser les personnages jusque dans l'orchestre. Son geste tombe toujours pile avec celui de Kazuchi Ono qui sait également donner du temps aux airs, usant d'un rubato invisible mais efficace. Pour les deux arias de Ramiro, où Elliot Madore soigne son français sans renoncer à son baryton (et son œil) de velours, c'est merveille. Pour celui de la Concepcion volcanique de Stéphanie d'Oustrac, c'est une révélation. On n'a jamais entendu, même par Jeanne Berbié, « Ah ! la pitoyable aventure » aussi lancé, aussi brillant, piqué d'autant de détails, d'effets. Si l'on ajoute le Torquemada plein d'esprit et pas dupe pour deux sous de François Piolino, et le Don Inigo Gomez concupiscent de Paul Gay, inénarrable de drôlerie coincé dans son horloge, on l'aura compris : tous sont portés par le spectacle comme par l'orchestre et font, sinon le Gonzalve d'Alek Shrader, surjoué et pauvre en consonnes, la langue ironique de Franc-Nohain tranchante et vive, Pelly n'hésitant pas à en souligner les doubles-sens. Par exemple en l'illustrant ; ainsi lorsque Ramiro déclare à Concepcion, tenant l'horloge catalane à la place de son phallus, qu'il veut bien la « monter » dans la chambre. Le public rit, les chanteurs flambent, l'orchestre fuse, voilà bien L'Heure espagnole qu'on espérait en DVD.

Mais L'Enfant, l'infaisable Enfant, comment Pelly allait-il s'en débrouiller ? Irait-il fouiller dans les tiroirs secrets de Ravel comme le fit avec poésie Richard Jones dans sa brillante et profonde production pour Garnier où passait même le souvenir tout proche de 14-18 ? Il le place sous l'angle du cauchemar, mettant en œuvre une virtuosité étourdissante pour les numéros-minutes de la première partie, virtuosité qui avait rendu son Amour des trois oranges irrésistible. On est entraîné dans ces images qui se télescopent ou s'enchaînent, où Pelly s'auto-cite (on trouve même un des moutons de La Belle Hélène discrètement planqué derrière une chute de papier-peint), et qui déclenchent chez nous un sentiment d'angoisse que le public hilare de Glyndebourne ne partage visiblement pas. Pelly met en scène l'œuvre du point de vue de l'Enfant - qui se retrouve donc sur une table gigantesque et dans un monde où les meubles et les adultes sont surdimensionnés. Dans la salle, l'effet devait être incongru et donc comique, mais les caméras de François Roussillon, usant savamment de l'alternance entre prises générales et plans rapprochés, rétablissent le sens premier de cette syntaxe inquiète, de cette succession de vignettes hallucinatoires. Le jardin, avec ses chanteurs-arbres, est poétique en diable, mais étrange aussi lorsque dans la valse-interlude s'ébroue la foule mondaine d'un improbable cocktail. Tous mettent l'Enfant à distance, l'isolent. On reste encore avec, dans l'œil, l'ultime image du spectacle : l'Enfant voyant sa Mère en silhouette derrière la croisée d'une fenêtre, dans la nuit. équipe parfaite, emmenée par l'Enfant idéalement boudeur de Khatouna Gadelia, où tous seraient à citer. On en garde un seul, François Piolino, impayable acteur-chanteur jouant des muscles pour la Théière, presque sadique en Vieillard-Arithmétique, désopilant en Grenouille façon Platée. L'Orchestre de Kazuchi Ono, encore une fois au diapason de la scène, sonne aussi virtuose que poétique. Doublé gagnant, complété par deux brefs bonus instructifs.

Jean-Charles Hoffelé

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