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LE SONGE D'UNE NUIT D'ETE Révérence

Britten

 

Alfred Deller (Oberon), Jennifer Vyvyan (Tytania), Leonide Massine II (Puck), Kevin Platts (Cobweb), Robert McCutcheon (Mustardseed), Barry Ferguson (Moth), Michael Bauer (Peaseblossom), George Maran (Lysander), Thomas Hemsley (Demetrius), Marjorie Thomas (Hermia), April Cantelo (Helena), Forbes Robinson (Theseus), Johanna Peters (Hippolyta), Owen Brannigan (Bottom), Norman Lumsden (Quince), Peter Pears (Flute), David Kelly (Snug), Edward Byles (Snout), Joseph Ward (Starveling), English Opera Group Orchestra, dir. Benjamin Britten (live, Aldeburgh 1960).

Testament SBT2 1515. Distr. Socadisc.

 

On évoquait son existence dans la discographie comparée de L'ASO n° 284 et voici qu'on exhume enfin, à l'occasion de Shakespeare 400, la retransmission par la BBC de la création du Midsummer Night's Dream qui inaugurait, le 11 juin 1960, le Jubilee Hall rénové d'Aldeburgh. Le document est historique et s'avère d'une excellente qualité sonore malgré la simple mono, très claire et mettant formidablement en valeur les voix sans que l'orchestre soit relégué pour autant en fond de paysage. Bien entendu Britten a aussi légué en studio et en stéréo (Decca 1966) sa version définitive (et incontournable), forte de l'expérience de la scène - considérable pour un opéra créé à peine six ans plus tôt et déjà joué de Covent Garden à La Scala, de Hambourg à Berlin, de Zurich à Tokyo, entre autres, avec un succès toujours grandissant mais aussi de grandes difficultés à respecter la distribution des caractères vocaux et le style très neuf du compositeur.

 

On notera d'abord, sur le plan philologique, quelques différences entre la partition d'origine interprétée ici et celle que Britten paracheva pour l'édition et l'enregistrement (pour lesquels l'orchestration sera amplifiée). Il n'y a que 27 instrumentistes, dont une douzaine de cordes face à six bois et quatre cuivres, percussions, deux harpes et claviers (clavecin, piano, célesta) : un petit effectif de chambre qui reflète bien ce qu'était l'English Opera Group, entreprise privée, par nature moins gourmande en effectifs que les grandes formations orchestrales des salles institutionnelles mais sans que la virtuosité de l'interprétation en pâtisse jamais. Quelques détails diffèrent aussi : le ton de l'air d'Hermia sera baissé d'ut en la, et celui du tambour de Puck, initialement en fa #, deviendra indéterminé. Le plus important reste en fait le bref air de Snug en lion, qui sera totalement réécrit.

 

Pour le reste, le Songe demeure et se montre magnifique dès l'abord, l'avantage de cette toute première étant d'offrir une vision plus tendue, plus dramatique par rapport à l'achèvement de 1966. Britten, qui dirige un peu plus vite (six minutes de moins qu'au studio), fait passer ici une urgence - peut être représentative de celle qui présida d'un bout à l'autre à la réalisation de l'œuvre en des temps extrêmement courts -, une obstination théâtrale qui n'est pas sans évoquer la modernité engagée, combative de l'époque, bien loin assurément du Shakespeare trop enrobé par la tradition théâtrale britannique d'alors. Passe aussi, plus audible, une évidence de la construction musicale qui renvoie à celle, si parfaite, du Turn of the Screw et va parfois jusqu'à évoquer Berg, qui passionnait tant le compositeur. Alors que son interprétation définitive sera épurée - ou, mieux, lissée jusqu'à la perfection -, ici c'est bien le théâtre qui prime.

 

Ainsi, l'orchestre dans l'introduction n'a pas le mystère enveloppant qu'on entendra en studio, du fait d'un ensemble de cordes autrement fourni et somptueux, et l'assemblage des trebles de la cour des Fées n'a pas l'homogénéité à venir, largement compensée ici par une verdeur hallucinante. Mais on ne retrouvera pas en studio la première confrontation entre Oberon et Tytania aussi proprement explosive, comme d'ailleurs les premiers pas des amants athéniens et leur formidable dispute à l'acte II. C'est que dans cette salle de 300 places à peine les micros de la BBC n'ont pas eu de mal à capter la densité de l'œuvre, et que chacun se donne, en ce soir de première, comme jamais. Ainsi l'impression de liberté totale qu'offre l'Oberon d'Alfred Deller - pourtant, de son propre aveu, très peu à l'aise en scène et dont on sait qu'il ne le reprendra jamais, après Aldeburgh et le Holland Festival qui suivit, dans des salles d'une taille plus importante - est extraordinaire. La date joue, elle aussi, quand on songe à la nouveauté pleinement historique que présentait cette voix dans le catalogue lyrique de l'époque, temps de disette en matière de contre-ténor, largement oublié aujourd'hui. La voix est plus claire, plus marquée, plus incisive encore que ce que l'on en connaît. Jennifer Vyvyan est une Tytania d'une forte puissance expressive et d'un galbe vocal parfait dans ses coloratures, plus déesse de chair que la pourtant délicieuse Elisabeth Harwood. Très présent aussi, le Puck de Leonide Massine II, moins musical mais plus viscéral que Stephen Terry. Les amants sont dominés par l'Hermia de Marjorie Thomas, impérieuse, tandis qu'April Cantelo déploie le charme qu'on lui connaît par l'enregistrement contemporain de Béatrice et Benedict. Très beau Lysandre d'un quasi-inconnu au ton très mozartien, George Maran, tandis que Thomas Hemsley anticipe parfaitement le Demetrius qu'on retrouve dans la version studio, qui répète également le Bottom d'Owen Brannigan, abyssal, et le Snug amusant de David Kelly. Nouveaux dans la discographie, le bel et impressionnant Theseus de Forbes Robinson et sa reine, Johanna Peters ; mais la différence la plus importante entre les deux versions réside ici dans la prise de rôle de Flute par Peter Pears qui remplaçait Hugues Cuénod initialement prévu et ne put trouver le temps de travailler Lysandre qui lui était en fait destiné. Son Artisan est magistral et sa Thisbé, qui déchaîne les rires de la salle, est proprement fabuleuse. Une salle audiblement heureuse... et nous le sommes tout autant. Aucun amoureux du Songe ne pourra se passer désormais de cette version originale.

Pierre Flinois

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