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Critiques cd-dvd et livres

LA WALKYRIE

Wagner

 

Jon Vickers (Siegmund), Hans Hotter (Wotan), Michael Langdon (Hunding), Claire Watson (Sieglinde), Anita Välkki (Brünnhilde), Rita Gorr (Fricka), Orchestre du Royal Opera House Covent Garden, dir. Georg Solti (live 1961).

CD Testament SBT4-1495. Distr. Abeille Musique.

 

Passionnante, cette Walküre inédite captée par la BBC au Covent Garden, au lancement du premier Ring local de Sir Georg, en octobre 1961. On constatera d'abord dans cette bonne mono à quel point le son et le ton Solti étaient déjà aboutis et cohérents avec les IIIes actes de Walküre en 1957 et Rheingold en 1958 qu'il avait livrés chez Decca - avec l'immense plus-value de la stéréo de Culshaw. Contraste assuré en tout cas pour Londres avec la version Kempe (chez Testament aussi), captée quatre ans plus tôt au même berceau. Ici tout est puissant, expressif, s'embarrassant peu des arrière-plans métaphysiques, des introspections signifiantes, des allégements mozartiens ou chambristes qu'on connaît à d'autres. Solti raconte avec le foisonnement qui lui est propre une légende chargée de sens premier, sans détour, sans prise de tête, et c'est aussi parce que sa distribution peut lui emboîter le pas sans difficulté.

Cette distribution réserve ici quelques surprises heureuses : ainsi, on n'a jamais raffolé de Claire Watson, dont la Freia ou la Gutrune chez Decca semblaient son maximum d'investissement possible. On découvre une Sieglinde tendre, charmeuse, dotée certes d'un vibrato large, mais maîtrisé, d'un timbre personnalisé et d'une féminité forte où transparaît la mozartienne, mais qui peut s'imposer par de vrais élans, et même de la défonce au IIIe acte. Une vraie réhabilitation qui explique aussi une part de sa réputation, non usurpée mais mal documentée. Pas de surprise, en revanche, avec Jon Vickers, dont on connaît déjà les versions Knappertsbusch (Bayreuth 1958) et Karajan (DG 1966), et les live de Salzbourg1967 et New York 1969. Même s'il ne s'entendit absolument pas avec le chef - la dispute devint même publique et se solda par le refus définitif du ténor vedette de Covent Garden de chanter avec son directeur après cette série -, le voici parfaitement en phase avec le propos hédoniste de Solti. Mâle, expressif, renversant, son Siegmund demeure, personnel et magnifique, incontournable. Le duo du Ier acte prend feu peu à peu, l'Annonce de la Mort est d'une délicatesse renversante tant Vickers y déverse, entre pianissimi, allégements sur les phrases amoureuses et noblesse de ton, une introspection absolument magique.

L'acte II continue sur cette lancée, entre l'immense et plus que documenté Hans Hotter dont c'est, sauf erreur, le 12e Wotan intégral édité, et qui assurait ici la mise en scène. La voix est plutôt en grande forme, point trop nasalisée par le rhume des foins de certaines de ses prestations estivales, tout en accusant quelque peu l'ampleur de son vibrato et de l'usure qui vient ; mais elle reste d'une humanité et plus encore d'une autorité confondantes, que seule peut dominer l'impérieuse Fricka de Rita Gorr, en forme superlative. Rien de neuf ici, en fait. Mais on découvre alors l'excellente Brünnhilde d'Anita Välkki, qui devait chanter le rôle à Bayreuth dans les années 1963-1964 sans s'y imposer vraiment et qui ici allie un chant de grande tenue, un timbre de qualité, sinon marquant, et une présence jeune et enthousiaste assez formidable. Et c'est l'aisance vocale absolue, la beauté des graves, la sûreté des aigus qui impressionnent plus encore quand on l'entend mesurée aux interprètes actuelles du rôle. Un bon Hunding signé Michael Langdon, seul membre ici de la troupe du Covent Garden, les autres étant tous des invités, hors les Walkyries où l'on distinguera Veasey et Collier, pas moins, complète une distribution qui aujourd'hui écraserait pratiquement tout ce que l'on peut proposer, hors soirées majuscules du Met.

L'acte III montrera effectivement les limites du concept Solti, avec une Chevauchée plus bruyante que transparente (et la mono joue là un rôle certain, surtout quand il lui faut baisser le niveau de captation pour éviter les saturations), mais reprendra son intérêt avec l'arrivée des protagonistes : Justification magnifique, Adieux immenses, Finale orchestral imposant dans son inépuisable luxuriance. Document précieux, donc, même s'il ne remettra pas en cause la discographie richissime de l'époque.

On se permettra alors une digression : sortant du Ring bayreuthien de l'été, dont l'orchestre de Petrenko est le seul triomphateur tant sa distribution offre de faiblesses et d'incertitudes pourtant fêtées par un public dont on se demande s'il entend vraiment ce qu'il applaudit, on trouve à ce live anglais plus que cinquantenaire des vertus vocales ahurissantes de santé, de vérité et d'excitation. Est-ce alors une question d'éducation - on a fait la sienne justement avec ces versions d'alors, entre Furtwängler, Solti, Böhm et Karajan - qui nous fait retrouver d'instinct nos marques, pour nous sortir aussitôt du vague ennui où nous plongent quasi régulièrement les cohortes wagnériennes d'aujourd'hui, à force de non-domination absolue du propos ? Bref, ce genre d'édition d'archives nous laisse pantois et confirme que si le chant wagnérien va mieux depuis une décennie, il lui reste encore du chemin à faire pour égaler ce qui fut bien une époque bénie.

Pierre Flinois

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