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Critiques cd-dvd et livres

L'ENLEVEMENT AU SERAIL Révérence

Mozart

 

Sally Matthews (Constance), Edgaras Montvidas (Belmonte), Tobias Kehrer (Osmin), Mari Eriksmoen (Blonde), Brenden Gunnell (Pedrillo), Franck Saurel (Selim), Orchestra of the Age of Enlightenment, dir. Robin Ticciati, mise en scène : David McVicar (Glyndebourne 2015).

DVD Opus Arte OA 1215 D. Distr. DistrArt Musique.

 

Le joli Enlèvement que voilà ! Une fois admis que David McVicar est un metteur en scène caméléon, dépourvu de style propre mais qui fournit selon le cahier des charges (transposé ou en costumes, premier ou second degré...), on le sait capable du meilleur comme du pire. Quand il livre clé en main des productions déjà vieilles avant l'âge pour tourner dans les théâtres de répertoire, c'est l'opéra à son plus routinier. Quand il a le temps de faire de l'artisanal plutôt que de l'industriel, comme y invite Glyndebourne, on retrouve l'homme de talent. Certes, son Enlèvement évite toute relecture politique. Mais il échappe aussi au kitsch naïf. D'un esthétisme magnifié par le décor enchanteur de Vicky Mortimer et les éclairages rasants de Paule Constable, il nous conduit dans un Orient mauresque très XVIIIe siècle, où le Bosphore se mêle de subtiles influences européennes auxquelles un très occidental Pacha Selim n'a pas renoncé malgré sa conversion à l'Islam. Les images sont autant de tableaux vivants qui ravissent l'œil mais prennent aussi vie grâce à une direction d'acteurs très juste, aussi bien dans la comédie que dans la gravité. Car à défaut de message philosophique, McVicar montre avec énormément de justesse les enjeux humains de cette mise à l'épreuve du couple amoureux comme Mozart y est passé maître. Rarement avait-on montré à ce point le degré de sensualité dans lequel baigne cette fable. Rarement aussi avait-on été aussi loin dans l'ambivalence des sentiments de Constance envers le Pacha, auquel elle n'a jamais été aussi près de céder.

 

Cette justesse du jeu ne serait rien sans le naturel du timing musical, obtenu par la conjonction de la qualité des voix et de la fluidité de la direction de Robin Ticciati. A la tête des instruments anciens formidablement souples et réactifs de l'Orchestre de l'Age des Lumières, le tout jeune directeur musical du Festival, grand espoir de la direction d'orchestre britannique, propose un Enlèvement plus historiquement informé que celui de Yannick Nézet-Séguin, plus sanguin que celui de Jérémie Rhorer, moins artificiel que celui de René Jacobs : sans doute le meilleur compromis récent, en cette période faste pour une œuvre si belle et trop longtemps négligée. La rapidité des tempi sied aux musiques de janissaires et aux duels verbaux, mais elle ne nuit pas aux ensembles contemplatifs, qui gagnent en allant ce qu'ils perdent en suspension. Malgré la longueur des dialogues, on ne trouve jamais le temps long car le sens du rythme dramatique tombe juste. La distribution est jeune mais sans les faiblesses constatées dans les versions les plus récentes. La révélation sera sans conteste l'Osmin de Tobias Kehrer : alors que l'on se lamentait de voir disparaître les vraies basses noires et puissantes, en voici une qui n'a rien d'un ersatz ! Les deux couples sont parfaitement crédibles et assortis. On aime la Constance de Sally Matthews pour sa voix plus noble et charnue que celle des sopranos plus légers. On aime le ténor direct et lyrique d'Edgaras Montvidas, peut-être peu orthodoxe en termes mozartiens mais très incarné. On aime que son Pedrillo lui tienne la dragée haute en termes d'aplomb et de projection, tant Brenden Gunnell n'a rien d'un tenorino. Et l'on pardonnne à Mari Eriksmoen un suraigu qui casse plus qu'il ne passe, pour préférer retenir la maturité d'une caractérisation qui sort le personnage de Blonde de son statut de soubrette. On admire enfin l'incarnation très émouvante et séduisante du Pacha Selim par l'acteur français Franck Saurel, à ceci près que les germanophones devront accepter un accent allemand rappelant Bourvil ou Louis de Funès parlant anglais dans La Grande Vadrouille. Mais après tout pourquoi pas, si c'est pour marquer le choc des cultures ? Un travail d'équipe où tout tombe juste, ce n'est pas si fréquent.

Christian Merlin

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