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Critiques cd-dvd et livres

FRANCESCA DA RIMINI

Mercadante

Leonor Bonilla (Francesca), Aya Wakisono (Paolo), Merto Süngu (Lanciotto), Antonio di Matteo (Guido), Larisa Martinez (Isaura), Ivan Ayon Rivas (Guelfo), Orchestra internazionale d'Italia, Chœur de Cluj-Napoca, dir. Fabio Luisi, mise en scène : Pier-Luigi Pizzi (Martina Franca, 2016).

DVD Dynamic 37753. Distr. Outhere.

 

Composée en 1830 pour le Teatro Principe de Madrid, pendant le second séjour espagnol de Mercadante, cette Francesca da Rimini ne devait finalement jamais connaître la scène du vivant du compositeur, suite à des divergences avec la direction du théâtre et à son retour en Italie la même année. C'est donc en première absolue que le Festival de la Valle d'Itria, bien connu pour ses exhumations d'œuvres rares ou oubliées, la présentait lors de son édition 2016.

 

On a souvent vu en Mercadante le chaînon manquant qui relie le bel canto romantique au premier Verdi. De fait, de prime abord, ce dramma per musica en deux actes évoque à s'y méprendre le jeune Bellini, singulièrement celui des Capuleti avec qui il partage une certaine linéarité de l'intrigue, une tonalité essentiellement lyrique, une distribution et une écriture vocales comparables - mais l'orchestration dense et recherchée apporte une ampleur certaine à la musique, notamment dans des préludes d'un grand raffinement. En revanche, la construction des airs et des duos reste quant à elle d'un total académisme - récit, air, cabalette avec reprise ornée -, dénotant une œuvre exclusivement tournée vers la mise en valeur des voix, l'ensemble réuni par le récitatif orchestré sans véritable tentative d'intégration dramatique des numéros. Aussi, malgré une veine mélodique de grande beauté, le rythme sans surprise de l'opéra finit par générer une sensation de longueur que parviennent difficilement à rompre les quelques ensembles (deux quatuors et un trio). Le seul moment échappant vraiment à cette routine est le finale de l'acte I où le compositeur enchaîne le duo des retrouvailles de Francesca et Paolo avec la découverte de leur idylle par Lanciotto et révèle un sens dramatique inattendu.

 

La distribution, composée de parfaits inconnus, se montre tout à fait à la hauteur d'une écriture vocale exigeante, à commencer par la jeune Leonor Bonilla, soprano lyrique très expressive dans le rôle-titre qui s'offre le luxe d'un petit épisode « dansé » dans le prélude du premier finale. Le mezzo-contralto de Aya Wakizono en Paolo manque un peu de variété dans la couleur et gagnera sans doute en profondeur avec les années mais ce qui lui fait encore défaut dans le grave est compensé par une respectable musicalité. Dans une tessiture directement héritée des baryténors rossiniens, Merto Süngu impressionne par son étendue vocale et domine avec aplomb les chausse-trappes d'une écriture très ornementée. Peu gâté par la partition qui ne lui offre que quelques interventions dans les ensembles, Antonio di Matteo fait valoir une splendide basse chantante au style irréprochable et une autorité naturelle dans la déclamation, bien adaptée à son rôle de père noble. Excellent dans ses brèves interventions, le Guelfo d'Ivan Ayon Rivas. La qualité du plateau, la direction élégante de Fabio Luisi à la tête d'un Orchestre international d'Italie qu'il a singulièrement fait progresser depuis qu'il en a pris la direction, les excellents chœurs de Cluj-Napoca n'y peuvent rien, la partition demeure résolument antithéâtrale et l'inspiration du compositeur, sans doute handicapée par le livret de Romani, peine à se renouveler pendant les trois heures vingt de sa durée.

 

Entièrement sur le versant « esthétisant », la mise en scène de Pier Luigi Pizzi ne cherche pas à forcer le caractère statique de l'œuvre : elle se contente de poses hiératiques inspirées de la statuaire classique, troublées seulement par le flottement perpétuel des vêtements légers dans lesquels sont drapés les personnages - un truc systématique qui finit par lasser. Devant la façade du palais ducal plongé dans une lumière grisâtre, un petit groupe de danseurs tente d'animer le plateau en mimant préludes et ritournelles dans des chorégraphies que l'on pourrait dire métaphoriques. Tout cela se révèle agréable mais manque singulièrement de variété. Si la découverte n'est pas dépourvue d'intérêt sur le plan musical et captivera les amateurs de bel canto et de partitions inédites, la réalisation scénique, ajoutée à une certaine monotonie de l'œuvre, ne parvient pas vraiment à faire vivre un opéra à l'impact dramatique décidément très limité.

Alfred Caron

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