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Critiques cd-dvd et livres

ALCINA/TAMERLANO

Haendel

ALCINA

 

Sandrine Piau (Alcina), Maite Beaumont (Ruggiero), Angélique Noldus (Bradamante), Sabina Puértolas (Morgana), Daniel Behle (Oronte), Giovanni Furlanetto (Melisso), Chloé Briot (Oberto), Édouard Higuet (Astolfo).

 

TAMERLANO

 

Christophe Dumaux (Tamerlano), Jeremy Ovenden (Bajazet), Sophie Karthäuser (Asteria), Delphine Galou (Andronico), Ann Hallenberg (Irene), Nathan Berg (Leone),

 

Les Talens Lyriques, Chœur de chambre de l'IMEP, dir. Christophe Rousset, mise en scène : Pierre Audi (Bruxelles, La Monnaie, 2015).

Blu-Ray Alpha 715. Distr. Outhere.

 

Ce coffret réunit les deux opéras de Haendel que Christophe Rousset et Pierre Audi ont d'abord montés au théâtre historique de Drottningholm puis repris au Stadsschouwburg d'Amsterdam et à la Monnaie de Bruxelles, où ils furent filmés en 2015. Entamée en 2000 avec Tamerlano, leur collaboration se poursuivit trois ans plus tard avec Alcina avant de se tourner vers Rameau (Zoroastre et Castor et Pollux). Conçus comme un diptyque tragique, Tarmerlano et Alcina sont présentés dans une scénographie dépouillée se limitant à quelques châssis et sans aucun accessoire autre qu'une simple chaise, symbole d'un pouvoir politique ou magique qui s'avère en définitive bien dérisoire. Si, comme en témoignent l'élimination des ballets d'Alcina ou l'absence de tout faste dans le palais de Tamerlan, le côté spectaculaire est évacué, l'œil est néanmoins flatté par les somptueux costumes du XVIIIe siècle aux tons unis, mis en valeur de façon exceptionnelle par les éclairages rasants et latéraux de Matthew Richardson. En plus de créer des atmosphères envoûtantes, cet artiste de la lumière ne craint pas de plonger le plateau dans le noir pour se concentrer uniquement sur un ou deux personnages, procédé particulièrement saisissant dans un moment d'émotion intense comme « Ah ! Mio cor ! », où l'Alcina de Sandrine Piau atteint au sublime. On renoue ici avec l'essence du théâtre : le comédien, sa voix, son geste et son expression. À cet égard, Pierre Audi réalise un travail remarquable de finesse et de justesse dans sa direction d'acteurs en montrant à la perfection les interactions entre les personnages. Devant une telle réussite et une mise en scène aussi rigoureuse, on s'étonne qu'il ait bizarrement fait de Leone un personnage par moments ridicule, ce qui rompt sans justification véritable le climat oppressant de Tamerlano. On peut aussi trouver déconcertante la fin d'Alcina, puisque l'héroïne et sa sœur, en principe immortelles de par leur nature de magiciennes, meurent par l'épée (Morgana) et le poison (Alcina). Toutes deux se retrouvent d'ailleurs exactement dans la même position qu'occupent, à l'issue de Tamerlano, Bajazet et sa fille Asteria. Pour accentuer l'aspect dramatique de ce dénouement, Rousset supprime le tambourin et le chœur de réjouissance final.  

 

Parmi les autres libertés que s'accordent le chef et le metteur en scène, on note quelques interversions de scènes dans Alcina et un déroulement de Tamerlano ponctué par un seul entracte et non pas deux, la pause se situant après l'air d'Irene « Par che mi nasca in seno ». Ce sont là peccadilles en regard de l'exécution des Talens lyriques que Christophe Rousset amène à des sommets de précision et d'expression et dont la prise de son permet d'apprécier les merveilleuses couleurs. Il faut toutefois reconnaître que le clavecin semble enregistré de trop près, nuisant parfois à l'équilibre entre la fosse et le plateau. Quoique capable de déchaîner son orchestre dans les passages virtuoses, le chef se distingue surtout par certains tempi lents parfaitement en situation. Ainsi en est-il du magnifique « Ah ! Mio cor ! » déjà cité et de l'ensemble final de Tamerlano, « D'atra notte », qui s'apparente bien plus à un bouleversant chant funèbre qu'à un hymne au soleil naissant.

 

La distribution d'Alcina est sans conteste dominée par Sandrine Piau, qui offre un portrait extraordinaire de femme vieillissante et impuissante à retenir auprès d'elle l'être aimé. On ne sait qu'admirer le plus, de l'extrême sensibilité de l'interprétation musicale, du contrôle quasi instrumental de la voix et du jeu très touchant de la comédienne. À ses côtés, Maite Beaumont campe un Ruggiero à la technique irréprochable, à la voix solide et superbement timbrée, mais on cherche en vain chez elle ce supplément d'âme qui peut prêter des accents déchirants à « Verdi prati ». Morgana pétulante à souhait, Sabina Puértolas ne possède cependant pas l'aisance requise dans les aigus. Angélique Noldus est une Bradamante touchante à la riche voix de mezzo, tandis que Daniel Behle confère une grande noblesse à Oronte. Le Melisso débraillé de la basse Giovanni Furlanetto déséquilibre malheureusement l'équipe de chanteurs.

 

Le même problème se retrouve dans Tamerlano où le baryton-basse Nathan Berg (Leone) s'avère le maillon faible ; on se demande d'ailleurs pourquoi Rousset lui a confié le difficile « Nel mondo et nell'abisso », ajouté pour la reprise de 1731. Le ténor Jeremy Ovenden ne convainc qu'à moitié dans le rôle si complexe de Bajazet, personnage principal de cette tragédie quasi racinienne. Acteur moyennement doué, sa voix n'a pas l'agilité requise pour répondre aux exigences de Haendel et sa grande scène de suicide au dernier acte manque de nuances ; il faudrait par exemple susurrer « Figlia mia, non pianger no ! » et éviter les excès expressionnistes auxquels il se livre trop volontiers. En revanche, Christophe Dumaux compose un formidable Tamerlano : opulence de la voix, virtuosité ébouriffante dans « A dispetto d'un volto ingrato » et plaisir manifeste à incarner la rouerie du personnage. Ann Hallenberg se situe sur les mêmes cimes en Irene d'une grande dignité et au chant châtié. Une fois passé son premier air affligé d'un vibrato quelque peu gênant, Sophie Karthäuser se rattrape fort bien en Asteria, malgré un aigu parfois difficultueux. L'Andronico de Delphine Galou fait entendre une jolie voix convenant bien à son personnage d'amoureux transi, mais le volume demeure limité et « Più d'una tigre altero » souffre d'une fureur bien timorée. Au final, on recommandera chaleureusement ces nouvelles versions qui, malgré quelques faiblesses de distribution, proposent une interprétation scénique et musicale de très haut niveau.

Louis Bilodeau

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