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200 000 TALER Révérence

Blacher

 

Günter Reich (Schimele Soroker), Martha Mödl (Ettie-Mennie), Ernst Haefliger (Motel), Gerd Feldhoff (Kopel), Dorothea Weiss (Balke), Gitta Mikes (Perl), Tomislav Neralic (Solomon), Orchestre du Deutsche Oper Berlin, dir. Heinrich Hollreiser, mise en scène : Rudolf Sellner (Berlin 1970).

DVD Arthaus Musik 102185. Distribution Harmonia Mundi.

 

Et de deux. Après les Preussiches Märchen, Arthaus publie la création du onzième opéra de Blacher que le compositeur tira de la nouvelle Le Jackpot de Scholom Aleichem (1859-1916), figure fondatrice de la littérature yiddish. Cette fable écrite durant les dernières années de la vie de l'auteur exilé à New York connut un retentissant succès sous la forme d'une adaptation dramatique sur la scène du Théâtre Juif de Moscou au cours des années vingt, et la force satirique de son sujet touche toujours aussi juste : un pauvre tailleur, Schimele Soroker, gagne le gros lot, mais sa fortune l'entraîne dans le monde de la bourgeoisie catholique auquel il n'entend rien. Finalement il choisira de redevenir pauvre pour retrouver son monde. Dans une Europe qui associait Juifs et capital, la parabole d'Aleichem était aussi transparente que dérangeante, apportant un démenti révélateur, mais elle fut perçue comme un geste d'auto-défense. La fable se double de l'attachant portrait d'un fort caractère féminin aussi trempé que roué, Balke, la fille de Schimele, promise, une fois le gros lot gagné, à un mariage d'argent. Finalement, après avoir participé à la prise de conscience de son père, elle pourra épouser l'apprenti tailleur de la boutique, Motel.

Blacher connaissait la pièce depuis qu'elle avait été reprise à Vienne par la troupe d'Alexander Grachovsky qui avait fuit la Russie après les pogromes de 1927 ; il songea longtemps à la mettre en musique mais le projet en fut sans cesse ajourné. Lorsqu'il décida in fine de s'y atteler, Rudolf Sellner, le directeur du Deutsche Oper, lui signifia qu'il s'occuperait lui-même de la mise en scène. La création de l'ouvrage lors du Festival 1970 fut filmée et télédiffusée : la voici éditée. Sellner offrit à Blacher une distribution cousue main : Günter Reich pour Schimele dont la partie est un constant parlando qui rompt pourtant avec le sprechgesang assez omniprésent dans la création lyrique allemande de l'époque ; Martha Mödl pour ce qui restera un de ses grands emplois de composition - mots magiques, performance de monstre sacré ; le Motel magnifique de bel canto d'Ernst Haefliger, qui se souvenait trente après la création de l'ouvrage que Blacher, confronté à la beauté de sa voix de ténor lyrique, à son timbre d'évangéliste, lui écrivit le rôle sur mesure et sensiblement plus idéalisé que ne l'était le personnage brossé par Aleichem ; le Kopel subtilement composé par Gerd Feldhoff ; et, pour le piquant soprano de Balke, Dorothea Weiss dont le timbre fruité s'épanouira ensuite dans les emplois pucciniens - sa Cio-Cio San sera particulièrement fêtée en Allemagne - et qui resta, sa carrière durant, fidèle au Deutsche Oper. La direction pragmatique mais mordante d'Heinrich Hollreiser, le spectacle au cordeau de Sellner dont la direction d'acteur évite toute caricature sans pour autant sacrifier la mécanique mise en place par le rythmicien obsessif que fut toujours Blacher, et dont la syntaxe est décidément brillante - pas si éloignée que cela de celle employée par Rudolf Schenk dans sa Lulu viennoise de 1961 -, font la création décidément mémorable.

Et l'écriture de Blacher ? A soixante-sept ans, le compositeur du Grand Inquisiteur n'a rien perdu de son invention, il est toujours dans l'actualité lyrique de son temps et parfois même va plus loin dans l'assimilation des nouveaux modes expressifs, si on compare son art de marier les styles et de proposer des solutions nouvelles - 200 000 Taler recourt à une variété de vocabulaires qui, malgré l'utilisation de motifs et d'harmonies hébraïques, ne risque jamais l'hétéroclite, sonne toujours signé : sa grammaire semble plus efficace que celle employée par Roman Haubenstock-Ramati dans son Amerika dont la création avait fait tant de bruit outre-Rhin en 1966. Le seul adversaire du corpus lyrique édifié par Blacher reste celui conçu parallèlement à compter des années cinquante par Hans Werner Henze, autrement documenté, mais Blacher avait initié le sien bien en amont, dès 1929. Puisse Arthaus continuer à nous révéler l'œuvre lyrique de ce progressiste incorrigible.

Jean-Charles Hoffelé

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