Cette Damnation de Faust était le premier des quatre concerts fêtant le jubilé de l’Orchestre national, fondé en 1934 – à une semaine près, quatre-vingt-dix ans exactement après sa première prestation.

On y attendait beaucoup Stanislas de Barbeyrac, qui, malade, a cédé la place à John Irvin, protagoniste de la récente version d’Edward Gardner, fidèle à lui-même. Timbre assez nasal, émission haute pour un emploi plutôt central malgré les aigus du duo, décidément un peu léger dans l’Invocation à la nature, le ténor américain se signale par un chant scrupuleux et un français honorable – on peut passer sur la pointe d’accent. Manque néanmoins l’art de la déclamation qui, au-delà de l’articulation, sculpte le mot et crée un personnage : il échoue à donner la moindre épaisseur au vieux savant, inexpressif, voire indifférent.

Il est vrai que, flanqué de représentants de la meilleure école française, ce Faust se trouvait d’emblée en dangereuse posture. Même si l’on aimerait des aigus moins ouverts dans la Chanson de la puce, un Air des roses plus subtilement ourlé, une Sérénade plus ambiguë, Paul Gay fait, à l’inverse, claquer les mots en diable cynique et gouailleur, certes moins inquiétant qu’impérieux, formidable de présence en tout cas, qui ne fait qu’une bouchée de sa victime. La voix de Stéphanie d’Oustrac a perdu de sa chair, de son soutien et de sa stabilité, mais le style reste souverain, avec une Chanson gothique superbement modelée et incarnée, une Romance où l’intensité de l’émotion ne nuit jamais à la tenue de la ligne : même vocalement fatiguée, on a tôt fait de succomber à cette Marguerite. Et le Brander de Frédéric Caton complète parfaitement la distribution.

L’orchestre ne satisfait vraiment qu’à partir de la troisième partie. Jusque-là, la direction de Cristian Măcelaru, assez traditionnelle dans son approche alors qu’on privilégie aujourd’hui des lectures plus inventives, s’avère inégale, parfois lourde, sans souffle. Tout change heureusement ensuite, les cordes trouvent une belle homogénéité, notamment à la fin de « Merci, doux crépuscule ». Le chef se montre plus attentif aux timbres, installe des climats – Romance poignante et désolée, avec un superbe cor anglais, Course à l’abîme aux nuances et aux rythmes acérés. Le chœur assure vaillamment, non sans quelques tensions du côté des voix aiguës.

 

D.V.M