Franco Fagioli (Adalgiso), Max Emanuel Cenčić (Lotario), Suzanne Jerosme (Giuditta), Julia Lezhneva (Gildippe), Bruno de Sá (Berardo), Petr Nekoranec (Asprando), Nian Wang (Eduige), Armonia Atenea, dir. George Petrou
Parnassus Arts Productions 002 (3 CD). 2022. Notice et livret en anglais. Distr. Parnassus Arts.
 
Nous connaissions déjà le livret de Silvani à travers l’opéra d’Alessandro Scarlatti Carlo, re d’Allemagna (enregistré par Fabio Biondi en 2013), qui porte le titre d’un personnage muet, un petit enfant appelé à devenir le roi de France Charles II le Chauve (c’est-à-dire : le tonsuré). Ici, on l’entend brièvement pleurnicher au moment où, pour la troisième fois, son demi-frère Lothaire Ier (Lotario) cherche à le trucider, malgré la protection de sa mère, Judith de Bavière (Giuditta). Pour la troisième fois, il sera cependant sauvé par l’intervention d’Adalgiso, fils de Lotario, dont Porpora fait son personnage principal (tandis que Scarlatti favorisait plutôt Giuditta et Lotario).
 
Créé à Rome en 1738 par une équipe entièrement masculine, comptant six castrats et un ténor, Carlo il Calvo s’avère typique du style mature de Porpora, reposant sur une virtuosité si exubérante qu’elle en étouffe parfois l’inspiration mélodique. Cela vaut particulièrement pour les rôles d’Adalgiso et de sa fiancée Gildippe, qui, en toute logique, ont été confiés à des familiers de la pyrotechnie baroque : on admire donc une fois de plus les transcendantes acrobaties de Fagioli comme les ornements supersoniques de Lezhneva, tout en remarquant que le premier ne peut éviter quelques sons caprins dans le torrentiel « Saggio nocchier », tandis que la seconde, moins impavide que d’habitude, laisse échapper quelques miaulements dus à une émission trop fermée. Cenčić avait déjà enregistré en 2017 trois des quatre airs de l’affreux Lotario (avec le même chef et le même orchestre, chez Decca) : si le timbre s’est terni, surtout dans l’aigu, l’interprétation s’est approfondie, notamment dans le magnifique « Quando s’oscura il ciel ». Le sopraniste Bruno de Sá se montre, comme toujours, d’une impeccable musicalité dans le rôle de l’amant supposé de Judith, une Suzanne Jerosme expressive et ductile, au petit vibrato rapide. Et l’on découvre avec plaisir le mezzo chaleureux, sympathique, de Nian Wang ainsi que le joli timbre du ténor Petr Nekoranec, pas assez aguerri cependant pour affronter les exigences de son rôle de traître.

Petrou et son pétaradant orchestre rallieront tous les suffrages : même si l’on peut trouver sa direction parfois rapide, le chef grec sait magnifier une écriture menacée par l’académisme, variant attaques et coloris sans tomber dans la bigarrure, soutenant à merveille les interprètes et les lignes chantournées de Porpora (par exemple dans l’immense duo de l’acte III – presque un quart d’heure –, à la splendide pulsation).
Une interprétation brillante d’un opéra plus démonstratif que touchant.

O.R